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S&P alerte sur une possible dégradation du crédit souverain des pays africains sous l’effet du choc énergétique au Moyen-Orient

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Le conflit au Moyen-Orient exerce déjà une pression croissante sur le crédit souverain en Afrique, en renchérissant les importations énergétiques, en alimentant l'inflation et en durcissant les conditions de financement. Dans une analyse publiée ce jeudi 23 avril 2026, S&P Global Ratings estime que ces chocs externes pourraient fragiliser des trajectoires économiques qui s'étaient pourtant améliorées au cours des deux dernières années.

" S&P Global Ratings estime qu'un degré élevé d'incertitude entoure la durée et l'ampleur du conflit au Moyen-Orient, ainsi que ses effets potentiels sur les prix des matières premières, les chaînes d'approvisionnement, les économies et les conditions de crédit. En conséquence, ses prévisions de référence comportent une part importante d'incertitude ".

Dans ce contexte, l'agence considère que les économies africaines apparaissent particulièrement exposées à un choc importé, en particulier les pays fortement dépendants des importations de carburants et d'intrants agricoles. " Nous pensons que le risque que représente le conflit au Moyen-Orient pour les souverains africains devrait s'aggraver à mesure que les perturbations se prolongent. La plupart des États sont importateurs nets de pétrole, de carburants et d'engrais, même si certains disposent de facteurs d'atténuation ", note-t-elle.

Inflation et devises sous tension

La transmission du choc énergétique se fait déjà sentir sur les prix domestiques et les équilibres extérieurs. Selon S&P, " la hausse des coûts d'importation du carburant et des engrais accentuera l'inflation, ainsi que les pressions budgétaires et extérieures, ce qui pourrait entraîner des tensions sur les notations ". L'agence ajoute que des stocks d'engrais pourraient temporairement amortir l'impact, sans toutefois neutraliser le risque d'une hausse prolongée des prix.

Au-delà de la menace inflationniste, la demande accrue de devises étrangères pourrait également alimenter des tensions sur les monnaies locales et renchérir le coût du crédit. " Les effets de second tour sur l'inflation accroîtront également la demande de devises étrangères, entraînant des pressions sur les taux de change et une hausse des coûts de refinancement domestiques ", précise S&P. L'agence anticipe ainsi un retournement de la tendance baissière des taux observée récemment sur plusieurs marchés africains.

Par ailleurs, les perturbations logistiques constituent un autre facteur de risque. L'agence évoque une reconfiguration des routes commerciales susceptible d'alourdir les coûts d'importation et d'exportation, y compris pour les minerais précieux. " Les perturbations des chaînes d'approvisionnement pourraient augmenter les coûts en raison de la reconfiguration des routes commerciales, affectant importations et exportations, notamment celles de l'or et des diamants transitant par le Moyen-Orient ", indique-t-elle.

Des vulnérabilités différenciées selon les pays

Toutefois, tous les pays ne sont pas exposés de manière homogène à ce choc. S&P identifie l'Égypte, le Mozambique et le Rwanda parmi les économies les plus vulnérables, en raison de leur forte dépendance aux importations énergétiques et de leurs déséquilibres extérieurs.

À l'inverse, certains pays disposent de marges de manœuvre plus importantes. " Les grands exportateurs de pétrole comme l'Angola, le Congo-Brazzaville et le Cameroun pourraient bénéficier de recettes d'exportation accrues, même si leur dépendance aux importations de carburants raffinés limite ces gains ", relève l'agence. Le Nigeria pourrait, pour sa part, tirer un avantage plus marqué de la situation, en lien avec le développement de ses capacités de raffinage domestique.

Malgré ces facteurs d'atténuation, l'agence met en garde contre une détérioration généralisée des équilibres extérieurs. " Nous anticipons une dégradation des comptes courants et une résurgence de l'inflation. Bien que l'énergie représente une part limitée de l'indice des prix, son impact sur les coûts alimentaires et de transport est significatif ", souligne S&P.

Marges budgétaires contraintes et réserves sous pression

Les marges budgétaires pourraient également être mises à rude épreuve. S&P rappelle que, dans plusieurs pays africains, le poids du service de la dette limite fortement les capacités d'ajustement face à un choc externe. " Les coûts d'intérêt absorbent environ 17 % des recettes publiques, bien au-dessus de la médiane mondiale. Après paiement des intérêts et des salaires, les marges de manœuvre budgétaires sont fortement réduites ", note l'agence.

Dans le même temps, les réserves de change, qui s'étaient redressées avant le déclenchement du conflit, devraient à nouveau s'éroder. S&P indique qu'elles couvrent en moyenne environ trois mois d'importations, un niveau jugé vulnérable en cas de choc prolongé. " Ces réserves devraient se dégrader à mesure que les comptes courants se détériorent, en particulier pour les pays importateurs nets de pétrole ", précise le rapport.

Dans ce contexte, les conditions de financement se durcissent. L'agence estime que la hausse des prix du pétrole, combinée à une aversion accrue pour le risque sur les marchés internationaux, entraînera une augmentation des coûts d'emprunt pour les souverains africains. Elle indique désormais tabler sur un prix moyen du Brent autour de 85 dollars le baril pour le reste de l'année 2026, après une progression de 50 % depuis le début de l'année.

Si certains facteurs atténuants existent — notamment la profondeur des marchés financiers domestiques dans certains pays ou l'accès à des financements concessionnels —, l'ensemble du continent reste exposé à un choc externe dont l'issue demeure incertaine. Le scénario central de S&P repose sur un apaisement progressif des tensions, sans exclure une aggravation susceptible d'accentuer les déséquilibres économiques et financiers déjà à l'œuvre.

 

Perton Biyiha

Publié le 23/04/26 17:30

La Rédaction

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