Le groupe français Suez entend prendre part à la dynamique engagée par le Tchad pour atteindre l'accès universel à l'eau potable à l'horizon 2030, un objectif inscrit au cœur de la stratégie nationale de développement " Tchad Connexion 2030 " dont l'ambition est de garantir un accès à l'eau potable pour 11 millions de personnes supplémentaires d'ici 4 ans.
Cette ambition a de nouveau été mise en avant le 20 janvier 2026 à N'Djamena, lors d'une rencontre entre le ministre tchadien de l'Eau et de l'Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, et une délégation de Suez conduite par Jean-Marc Farrugia et Samuel Maréchal. Selon les informations communiquées par le ministère, les échanges ont porté sur la finalisation d'un protocole d'accord en vue de la mise en œuvre de projets d'alimentation en eau potable dans plusieurs villes et provinces du pays.
D'après les services du ministère de l'Eau et de l'Énergie, les discussions techniques sont déjà bien avancées entre les équipes de Suez et les administrations concernées, notamment la Société tchadienne des eaux (STE). Le gouvernement tchadien voit dans cette coopération un levier pour accélérer la modernisation des infrastructures hydrauliques, améliorer la qualité du service et renforcer la gouvernance du secteur, dans un contexte marqué par la pression démographique, l'urbanisation rapide et les effets croissants du changement climatique.
D'importants financements dans le secteur de l'eau
L'initiative de Suez vient se greffer sur une dynamique soutenue par des engagements financiers internationaux substantiels. En octobre 2025, en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, les autorités tchadiennes ont obtenu la confirmation d'un financement de 100 millions USD de la Banque mondiale pour le Projet Almé Djah pour la sécurité de l'eau.
Almé Djah vise, selon le ministre d'État en charge des Finances, Tahir Hamid Nguilin, à garantir un accès équitable et durable à l'eau potable sur l'ensemble du territoire, tout en renforçant la résilience des populations face aux chocs climatiques. La première revue technique du projet s'est tenue en avril 2025 à N'Djamena, sous la conduite de Fatouma Touré Ibrahima, directrice de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. Les négociations financières doivent s'ouvrir en janvier 2026, avant une présentation au Conseil d'administration de l'institution prévue pour mars de la même année, avec un démarrage anticipé possible grâce à des fonds de préparation et à des financements rétroactifs.
Parallèlement, d'autres programmes contribuent déjà à transformer l'accès à l'eau, notamment en zones semi-urbaines et rurales. Financé à hauteur de 141,43 millions de dollars par le Fonds africain de développement, le Programme d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement en milieux semi-urbain et rural (PAEPA-SUMR) a permis, selon les données officielles, d'améliorer les conditions de vie de plus de 500 000 personnes. Dans les provinces du Logone occidental et oriental, 44 mini-réseaux d'eau sont désormais opérationnels, rapprochant les points d'eau des ménages et réduisant sensiblement les corvées quotidiennes. Les autorités soulignent également les retombées sanitaires, avec la construction de latrines publiques et scolaires, la mise en service de décharges finales et la réhabilitation d'un laboratoire d'analyses des eaux à Laï.
L'effort s'étend aussi aux grands centres urbains. Le 3 octobre 2024, le Premier ministre Allah-Maye Halina a lancé à N'Djamena un vaste projet de réhabilitation et d'extension du système d'adduction d'eau potable de la capitale. D'un coût estimé à 65,55 millions d'euros, ce programme est financé conjointement par l'Union européenne, Invest International des Pays-Bas, l'Agence française de développement et l'État tchadien. Il vise à porter le taux d'accès à l'eau potable dans la capitale à 65 % à court terme, tout en renforçant les capacités de stockage et de production. Les travaux, confiés notamment à Sogea Satom, portent sur la réhabilitation de forages, la construction de nouveaux châteaux d'eau et l'exploitation de nappes profondes, présentées comme plus sûres sur le plan sanitaire.
L'intérêt de Suez pour le Tchad semble s'inscrire dans une dynamique d'expansion régionale. Quelques mois plus tôt, le 29 avril 2025, le groupe français annonçait depuis Paris la signature d'un contrat de cinq ans, d'une valeur de 200 millions d'euros, avec la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) visant à optimiser la production et la distribution d'eau potable à Libreville et dans plusieurs villes du pays, avec l'appui financier de l'État français.
Perton Biyiha
Publié le 21/01/26 15:48
La Rédaction
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