La 12e édition de la conférence internationale "The Atlantic Dialogues" s'est clôturée le 16 décembre à Marrakech. Cet événement a été marqué par les interventions de plusieurs anciens chefs d'État et de gouvernement, ministres, diplomates, hauts responsables, chercheurs et experts.
Ils ont partagé leurs perspectives sur l'importance croissante de la région atlantique dans le monde et ont exploré les moyens de renforcer la coopération atlantique, en mettant particulièrement l'accent sur les pays de l'Atlantique Sud.
Avec pour thème "Un Atlantique plus affirmé : sa signification pour le monde", cette conférence a été l'occasion pour les experts présents d'approfondir la réflexion sur une coopération atlantique élargie. Organisée par le Policy Center for the New South, un think tank marocain dont l'objectif est de contribuer à l'amélioration des politiques publiques économiques et sociales qui interpellent le Maroc et le reste de l'Afrique, cette rencontre internationale a rassemblé pendant trois jours plus de 400 participants issus de 80 nationalités différentes du bassin atlantique.
Les discussions de cette édition ont couvert divers sujets tels que l'avenir des partenariats stratégiques, le multilatéralisme, l'émergence du Sud global, la refonte de l'architecture financière internationale, les défis démocratiques, ainsi que les enjeux du changement technologique pour une transition durable.
L'avenir des partenariats stratégiques et du multilatéralisme
La première journée s'est ouverte avec la présentation de la 10e édition de Courants Atlantiques, le rapport annuel sur les affaires atlantiques publié par le Policy Center for the New South depuis 2014. Cette révélation a suscité des débats stimulants, remettant en question des perspectives solidement ancrées sur le domaine atlantique. Les discussions ont plaidé en faveur d'une compréhension réinventée de l'Atlantique, incitant à adopter une perspective englobant les dynamiques mondiales du Nord au Sud. Une attention particulière a été accordée aux stratégies opérationnelles, notamment dans le domaine du commerce, visant à forger une identité atlantique distinctive.
Simultanément, une autre discussion autour du Nouveau Pacte Atlantique a mis en lumière le rôle crucial des nations individuelles dans l'accomplissement de leurs responsabilités. L'accent n'était pas seulement mis sur la création d'organisations d'intégration, mais également sur la garantie que chaque pays respecte ses engagements. La session a souligné l'importance des efforts collaboratifs pour libérer le potentiel de la région du Sud de l'Atlantique.
Olusegun Obasanjo, ancien Président du Nigéria, Louis Osvaldo Hurtado Larrea, ancien Président de l'Equateur, Uduak Amimo, Journaliste
À ce titre, l'ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, a souligné : "Il est nécessaire de détourner l'attention du militaire et de la diriger vers la propulsion du Sud global en tirant des leçons du passé afin d'éviter de les répéter. Imaginons une nouvelle organisation réaliste et équitable qui inspire l'optimisme, la confiance et le progrès pour l'avenir du Sud global."Ensuite, la session intitulée "Les Partenariats stratégiques et l'avenir du multilatéralisme" a pris place, explorant le paysage mondial en constante évolution. Elle a examiné le rôle des cadres multilatéraux au-delà des simples préoccupations de sécurité, mettant en avant la nécessité d'une coopération mondiale. Malgré les tensions mondiales existantes, le discours est resté optimiste quant aux efforts collaboratifs en cours. Cependant, un appel unanime a été lancé pour repenser les mécanismes internationaux afin de s'attaquer efficacement aux problèmes mondiaux complexes.
Birame Diop, conseiller militaire au Bureau des affaires militaires du département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a souligné : "Notre institution, y compris le Conseil de sécurité, peine à s'adapter aux complexités d'aujourd'hui en raison de divisions politiques et d'intérêts divergents, ce qui conduit souvent à des mandats négociés qui satisfont toutes les parties mais qui échouent à refléter la réalité."
Repenser la finance mondiale : Défis et réformes pour un monde en évolution
De gauche à droite : Alec Russel, Mosood Ahmed, Ferid Belhaj, Helyette Geman, Dominique Stauss Kahn
La deuxième journée a débuté avec une plénière de haut niveau sur "Une architecture financière internationale adaptée aux défis mondiaux", rassemblant des personnalités éminentes telles que Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI), Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et Masood Ahmed, président du "Center for Global Development" basé à Washington et Londres.
Au cours de cette session, les participants ont exploré les adaptations nécessaires au sein des institutions multilatérales pour aborder efficacement les défis mondiaux. Le dialogue a mis l'accent sur le débat en cours entre l'évolution et la révolution, reconnaissant l'influence de la politique et de la géopolitique sur les réformes. Dominique Strauss-Kahn a souligné le besoin d'une mobilisation plus efficace de ressources monétaires, notamment pour faire face à la transition climatique. Ferid Belhaj a mis en avant l'évolution constante de la Banque mondiale pour relever les défis actuels, insistant sur l'impact significatif du changement climatique.
Les échanges ont souligné la complexité des enjeux financiers mondiaux et la nécessité d'une adaptation constante pour relever les défis contemporains.
Par ailleurs, la session intitulée "Perspectives du vaste atlantique : similitudes et variations" a offert des points de vue diversifiés sur la collaboration au sein du Vaste Atlantique. Elle a mis en avant la vision collaborative du Maroc pour l'Afrique atlantique, en mettant l'accent sur l'intégration régionale et des initiatives réussies telles que la CEDEAO et la SADC, Communauté de Développement de l'Afrique Australe.
Les défis à la coopération, notamment une récession démocratique et le manque d'unité, ont été reconnus. L'impératif de reconnaître et d'exploiter le potentiel du Sud global était un thème récurrent. Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc aux États-Unis, a souligné la vision du Maroc en tant que pont entre les continents et son rôle actif dans la création d'une Afrique atlantique, soutenue par une approche multilatérale visant à renforcer les partenariats régionaux et à promouvoir une plus grande intégration.
Ensuite, une session intitulée "Nationalisme économique : moment ou mouvement ?" a exploré les répercussions du nationalisme économique. Les intervenants éminents ont mis en lumière ses impacts négatifs, notamment la mauvaise allocation des ressources et le frein à la collaboration mondiale. La discussion a souligné la nécessité de solutions multilatérales pour aborder des problèmes mondiaux tels que le changement climatique et la migration. Le nationalisme économique a resurgi avec des implications idéologiques et géopolitiques plus larges, créant une situation mondiale complexe.
La session suivante, "Qu'est-ce qui est sur la défensive ? Autoritarisme, démocratie et populisme", a exploré des approches nuancées de la démocratie et de la gouvernance. Elle a abordé les défis auxquels sont confrontées les démocraties pour s'adapter aux changements sociétaux et à la polarisation mondiale croissante. Les paradoxes au sein de la démocratie, son rôle dans la gestion des crises et la nature cyclique de l'autoritarisme ont été traités. La responsabilité des citoyens dans la défense de la démocratie et l'importance de la collaboration mondiale ont été soulignées.
Enfin, la deuxième journée a tiré les rideaux avec une dernière session intitulée "Fuite des cerveaux et la course mondiale pour les talents". Cette session a mis en lumière le concept de fuite des cerveaux, où les pays font face à une perte de talents au profit de destinations plus attractives. Les discussions ont souligné le besoin pressant de transformer les systèmes alimentaires et agricoles, tout en explorant le rôle crucial de la technologie dans le domaine de l'éducation.
Les participants ont mis en avant l'importance cruciale de l'intégrité de l'information et de la confiance pour naviguer au sein des complexités de l'intelligence artificielle et de la technologie.
La dernière journée : Les défis globaux et les perspectives émergentes pour l'atlantique
La journée a débuté par une session sur les "Turbulences mondiales : Naviguer à travers des défis interconnectés", une exploration de l'interdépendance entre la démocratie, le développement et la sécurité, soulignant l'importance d'une approche holistique. Les discussions ont mis en évidence le rôle crucial de la bonne gouvernance dans les relations internationales et ont souligné le lien entre développement et sécurité, offrant ainsi une compréhension approfondie des facteurs complexes qui façonnent notre monde en constante évolution.
Ensuite, une deuxième session, "Changement technologique pour une transition durable", s'est plongée dans les dynamiques complexes de durabilité dans l'Atlantique, mettant en lumière l'équilibre délicat entre les problèmes de sécurité alimentaire et les défis de protection de l'environnement en Afrique. La discussion a souligné le rôle critique de la volonté politique et des décisions commerciales respectueuses de l'environnement, plaidant en faveur de l'interconnexion mondiale, de l'innovation et de la coopération internationale pour un développement durable.
La session suivante, intitulée "Compétences de demain : Transformation de l'éducation”, a exploré les obstacles urgents entravant l'intégration des femmes sur le marché du travail, révélant la nécessité pressante de réformes face au financement insuffisant et aux normes en déclin. Elle a mis en lumière l'importance d'investir dans l'éducation des femmes et de s'adapter à l'ère numérique, jetant ainsi les bases d'un avenir éducatif durable et inclusif.
Ensuite, la session "Élargissements de l'OTAN et des BRICS : Dynamiques géopolitiques" a disséqué les changements géopolitiques que le monde traverse à travers des discussions sur l'élargissement de l'OTAN et des BRICS. Les dynamiques complexes de l'OTAN, les disparités économiques et militaires au sein des BRICS, l'influence centrale de la Chine, et les défis de présenter un front uni ont été au cœur des échanges, soulignant ainsi l'évolution des alliances mondiales et l'interaction complexe des forces géopolitiques.
La dernière journée s'est conclue par la plénière "Défis du vaste atlantique vus par les leaders émergents", soulignant la nécessité de faire face à l'urgence climatique et mettant en avant la nécessité de solutions interdisciplinaires. La collaboration intergénérationnelle, la création de nouvelles chaînes de valeur et la mise en avant du travail innovant des générations plus jeunes ont pris une place centrale.
Les discussions ont exploré l'interconnexion de la cohésion sociale, de la stabilité économique et de la démocratie, mettant en lumière le rôle des partenariats intentionnels et de la coopération intergénérationnelle.
Publié le 20/12/23 12:46
La Rédaction
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CEMAC