Portée par des conditions climatiques globalement favorables et une dynamique soutenue des cultures vivrières, la campagne agricole 2025-2026 dans l'UEMOA affiche des résultats solides.
Cette performance d'ensemble dessine une réalité plus contrastée, marquée par un essor des productions alimentaires et un net repli de certaines cultures d'exportation stratégiques.
Une production vivrière en forte progression
Avec un volume estimé à plus de 86 millions de tonnes à fin 2025, la production vivrière a enregistré une hausse annuelle de 4,9%, selon les derniers chiffres officiels publiés par la BCEAO. Une progression notable, tirée principalement par les céréales et les tubercules, dont les récoltes ont respectivement augmenté de 7,7% à 36,4 millions de tonnes et 5,3% à 30,4 millions de tonnes.
Au-delà de cette évolution annuelle, la tendance de fond est encore plus significative. Comparée à la moyenne des 5 dernières campagnes, la production vivrière progresse de près de 13% à 76,2 millions de tonnes, traduisant un renforcement structurel de l'offre alimentaire dans la région.
Des cultures d'exportation globalement bien orientées
La plupart des cultures d'exportation ont également affiché une trajectoire positive. Le coton a enregistré une hausse de 5,6% à 2,26 millions de tonnes, portée par de bonnes performances au Togo, au Burkina Faso, au Sénégal, au Bénin et au Mali. Cette progression est toutefois atténuée par le recul observé en Côte d'Ivoire.
L'arachide a connu une croissance particulièrement soutenue, avec une augmentation de près de 19% à 5,3 millions de tonnes de la production. Là encore, les conditions climatiques favorables ont joué un rôle déterminant, notamment au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin.
Le caoutchouc a suivi la même tendance, avec une progression de 16% à 1,96 million de tonnes, soutenue en grande partie par les efforts de structuration de la filière en Côte d'Ivoire. Quant à la noix de cajou, elle a enregistré une véritable envolée, avec une hausse de près de 40% à 2 millions de tonnes de la production régionale.
Cette performance exceptionnelle s'explique notamment par l'introduction de variétés à haut rendement, un meilleur encadrement des producteurs et des prix bord champ plus incitatifs, en particulier en Côte d'Ivoire, mais aussi en Guinée-Bissau et au Burkina Faso.
Le cacao et le café en net recul
Ce tableau globalement favorable est toutefois assombri par la baisse marquée de deux produits emblématiques de la région. La production de cacao a reculé de 9,4% à 1,73 million de tonnes, tandis que celle du café a chuté de plus de 40% à 60 000 tonnes.
Dans les deux cas, la Côte d'Ivoire joue un rôle déterminant. Premier producteur régional, le pays a été fortement affecté par des conditions climatiques défavorables entre fin 2024 et début 2025, pesant lourdement sur les rendements.
Au final, la campagne agricole 2025-2026 montre le visage d'une agriculture ouest-africaine en mutation. D'un côté, les cultures vivrières et certaines filières d'exportation affichent une dynamique robuste, renforçant la sécurité alimentaire et les revenus agricoles. De l'autre, des productions historiques comme le cacao et le café montrent des signes de fragilité.
Cette évolution souligne l'importance croissante de la diversification agricole et de l'adaptation aux changements climatiques. Elle rappelle aussi que la performance globale du secteur masque des disparités importantes selon les filières et les pays.
Publié le 26/03/26 12:00
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC