La survie de la Compagnie camerounaise d'aluminium (Alucam) dépend désormais d'un projet privé de transformation. Alors que le producteur historique accumule des pertes colossales et affiche des capitaux propres négatifs à hauteur de 28,3 milliards FCFA, l'implantation du complexe Proalu lui garantit une source de revenus stable et vitale. Dans un contexte où la Chambre des comptes de la Cour suprême prévient qu'une recapitalisation de 43 milliards est indispensable pour éviter la fermeture, ce partenariat apparaît comme le dernier filet de sécurité pour l'aluminium camerounais.
Le 12 septembre 2025, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a présidé la pose de la première pierre du complexe industriel Proalu, infrastructure destinée à transformer localement l'aluminium. Cet investissement privé, d'un montant de 88 milliards FCFA est accompagné d'un accord commercial stratégique. En vertu du contrat conclu en 2024 sous l'égide du gouvernement, Proalu s'engage à s'approvisionner exclusivement auprès d'Alucam. Cette clause offre à l'entreprise publique un chiffre d'affaires garanti de 48 milliards FCFA par an, selon des sources officielles.
Un tel engagement change radicalement l'équation financière. Le montant correspond à près de 90% des recettes d'exportation qu'Alucam avait générées en 2023 (54,2 milliards, d'après l'Institut national de la statistique). Plus encore, il dépasse largement la perte nette de 23,6 milliards enregistrée la même année. En d'autres termes, ce seul contrat pourrait couvrir plus de deux fois le déficit annuel et constituer un socle de redressement pour l'entreprise publique, si les termes sont respectés.
Cette bouffée d'oxygène intervient alors qu'Alucam traverse la plus importante crise de son histoire. Les comptes 2023, certifiés par les commissaires aux comptes, témoignent d'une dégradation accélérée. Pertes multipliées par plus de trois en un an, capitaux propres enfoncés en territoire négatif. L'audit de la Chambre des comptes, publié en avril 2024, avait déjà souligné la chute continue de l'activité, avec une baisse de 25,5% du chiffre d'affaires entre 2017 et 2021, et une production quasiment divisée par deux sur la même période. Les juges avaient conclu à la nécessité " impérative " d'une recapitalisation de 43 milliards, faute de quoi il faudrait envisager l'arrêt pur et simple de la fonderie.
Les commissaires aux comptes sont allés plus loin encore en 2023, avertissant que tout créancier ou investisseur pouvait désormais demander la dissolution judiciaire de la société. Pour un pays où l'aluminium est une vitrine industrielle et un secteur d'exportation stratégique, le risque est majeur.
C'est pourquoi l'accord avec Proalu dépasse le simple cadre commercial. Il est perçu comme une condition de survie à court terme, garantissant des flux financiers prévisibles capables de maintenir la confiance d'éventuels investisseurs étrangers. Le gouvernement, poursuit parallèlement des discussions avec des partenaires internationaux tels que le Fonds international en vue d'une recapitalisation.
Fondée en 1954 et ayant intégré la Socatral en 2020, Alucam traverse donc, selon l'ensemble des rapports disponibles, la crise la plus grave de son histoire. L'issue dépendra en partie de la concrétisation du projet Proalu, dont la mise en service est annoncée pour le premier trimestre 2027. Si ce calendrier est respecté, le complexe pourrait constituer une source de revenus réguliers dans l'attente d'une recapitalisation plus large, permettant ainsi à l'aluminium camerounais de conserver une place dans l'industrie régionale et internationale
Perton Biyiha
Publié le 18/09/25 16:38
La Rédaction
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