C'est une petite révolution silencieuse qui pourrait transformer en profondeur la manière dont l'Afrique attire et gère les capitaux. Pour la première fois, le continent s'est doté d'une taxonomie de la finance durable, un outil de référence qui définit clairement quelles activités économiques peuvent être considérées comme “vertes” ou socialement responsables.
Le document, validé à Nairobi mi-juillet par régulateurs, banques, assureurs et institutions de financement du développement, n'est pas un rapport de plus destiné à dormir sur une étagère. C'est un mode d'emploi conçu par des Africains, pour l'Afrique, mais capable de dialoguer avec les standards mondiaux. Concrètement, il permet aux acteurs financiers d'identifier rapidement les investissements compatibles avec la lutte contre le changement climatique et le développement inclusif.
Les banques et investisseurs étrangers appliquaient leurs propres critères, souvent calqués sur l'Europe ou l'Asie, laissant peu de place aux spécificités locales. Cette initiative, portée par la Banque africaine de développement via son Alliance financière africaine sur le changement climatique (AFAC), comble enfin ce vide. Elle résulte d'un an de concertation avec plus de 60 institutions, un travail technique épaulé par PricewaterhouseCoopers Luxembourg et financé par le Centre mondial pour l'adaptation.
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Officiellement, son adoption est volontaire. Officieusement, elle risque vite de devenir incontournable. Car dans un monde où les capitaux cherchent de plus en plus des projets “verts”, l'Afrique a désormais la capacité de parler la même langue que les investisseurs tout en affirmant ses priorités : agriculture résiliente, énergie propre, infrastructures adaptées au climat.
Pour Mahamadi Balima, de l'Autorité des marchés financiers de l'UEMOA, c'est un levier stratégique “Cette taxonomie va orienter les flux financiers vers des projets durables, renforcer notre résilience économique et consolider l'intégration régionale.” Même enthousiasme chez le secteur privé, qui voit déjà dans cet outil un accélérateur pour harmoniser les marchés et attirer de nouveaux capitaux.
Fanuelle YAO
Publié le 13/08/25 16:01
La Rédaction
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