L'administration américaine prépare un financement de 100 millions USD qu'elle ambitionne d'accorder sous forme de prêt à Africell pour financer l'acquisition de technologies de réseaux mobiles auprès de fournisseurs américains et alliés. Révélée le 11 septembre par Reuters, sur la base d'une source proche du dossier et d'un projet de communiqué de l'Export-Import Bank of the United States (EXIM), l'opération vise à renforcer la position de l'opérateur sur ses quatre marchés africains face aux équipements chinois, notamment ceux de Huawei.
Selon Counterpoint Research, cité par Reuters, Huawei représente environ 52 % du marché africain des infrastructures 5G. Washington cherche depuis plusieurs années à limiter cette présence, invoquant des risques pour la sécurité et la souveraineté des données, des accusations rejetées par Huawei. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait lancé l'initiative " Clean Network " pour favoriser des infrastructures débarrassées des technologies chinoises. Cette orientation se poursuit sous son second mandat. En 2025, le président américain a notamment signé un décret demandant aux agences fédérales de promouvoir les technologies américaines à l'étranger dans l'intelligence artificielle, les centres de données, le cloud et les réseaux.
Dans cette stratégie, Africell constitue un relais particulièrement adapté aux ambitions américaines. Fondé en 2001, le groupe, contrôlé par des capitaux américains et basé à Londres, compte plus de 15 millions de clients en République démocratique du Congo (RDC), en Angola, en Gambie et en Sierra Leone. L'opérateur avait déjà bénéficié, en 2018, d'un financement américain de 100 millions USD accordé par l'Overseas Private Investment Corporation (OPIC), devenue depuis la Development Finance Corporation (DFC), pour développer ses infrastructures de communication.
Cette offensive ne se limite d'ailleurs plus aux réseaux mobiles. Le 8 septembre, Africell a conclu avec le canadien MiMedia Holdings un accord portant sur la distribution de services de cloud personnel en RDC, en Angola, en Gambie et en Sierra Leone. Commercialisée sous la marque Africell, l'offre comprendra des modules intégrés aux applications de l'opérateur, une application mobile autonome ainsi que des capacités publicitaires. Le montant de l'accord n'a pas été communiqué. Le modèle repose sur une licence et un partage des revenus. Le nouveau financement américain pourrait ainsi contribuer à soutenir l'expansion d'Africell sur ce marché numérique en pleine évolution.
Au-delà du seul opérateur, ce financement illustre le retour de la rivalité sino-américaine sur le terrain économique africain. Après les minerais stratégiques, au cœur des efforts de Washington pour diversifier ses approvisionnements, le numérique apparaît désormais comme un second front de cette compétition. Sur le terrain minier, les États-Unis multiplient les accords, les financements et les partenariats, notamment en RDC, en Zambie et au Kenya, afin de sécuriser l'accès à des ressources comme le cuivre, le cobalt, le lithium et les terres rares et de réduire leur dépendance à l'égard de chaînes d'approvisionnement dominées par la Chine.
Pékin conserve toutefois une implantation beaucoup plus ancienne et profonde. Les entreprises chinoises détiennent ou contrôlent des participations importantes dans plusieurs actifs cuprifères et cobaltifères de RDC. Elles ont également renforcé leur présence dans le lithium africain et dans les infrastructures nécessaires à l'acheminement de ces minerais vers les marchés mondiaux. Washington cherche donc désormais à reprendre pied sur des segments stratégiques où la Chine dispose déjà d'un avantage considérable, le numérique venant compléter l'offensive engagée sur les ressources critiques.
Claude Paul Tjeg
Publié le 11/09/26 11:36
La Rédaction
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