Le Département du Trésor américain a désigné, jeudi, l'ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, comme cible prioritaire de son dispositif de sanctions économiques. Une décision qui dépasse le seul cadre judiciaire pour s'attaquer directement aux flux financiers et aux alliances militaro-politiques dans l'est congolais, une région clé pour l'approvisionnement mondial en minerais stratégiques.
Au cœur de cette offensive, l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) accuse officiellement M. Kabila d'avoir soutenu la rébellion du M23 ainsi que son prolongement politico-militaire, l'Alliance Fleuve Congo (AFC). " Joseph Kabila a apporté un soutien au Mouvement du 23 mars (M23) et à l'Alliance Fleuve Congo (AFC) […], alimentant l'instabilité politique et le conflit violent dans l'est de la RDC ", affirme le Trésor américain. Washington précise que l'ancien chef de l'État aurait notamment " fourni un appui financier à des structures liées à l'AFC " et " encouragé des défections au sein des FARDC ".
Ces accusations interviennent dans un contexte de recomposition du rapport de force sur le terrain. Le M23 a récemment consolidé sa présence dans plusieurs zones stratégiques, notamment à Rubaya, un site réputé pour ses importantes réserves de coltan. Ce minerai, indispensable à l'industrie électronique mondiale, cristallise les rivalités économiques et géopolitiques dans la région. En perturbant les chaînes d'approvisionnement et en redéfinissant les équilibres locaux, les groupes armés influencent directement l'accès aux ressources.
C'est dans ce cadre que Washington établit un lien explicite entre les sanctions visant Joseph Kabila et la sécurisation des approvisionnements en minerais critiques. Dans une déclaration reprise par le communiqué officiel, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, affirme que " ceux qui continuent de semer l'instabilité devront rendre des comptes ", ajoutant que les États-Unis mobiliseront leurs instruments pour garantir " l'intégrité des accords de Washington ". Négociés entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine, ces accords visent à stabiliser une région déterminante pour l'extraction de ressources essentielles aux industries technologiques et de défense.
Dans la même logique, le sous-secrétaire au Trésor chargé du renseignement financier, John K. Hurley, avait déjà indiqué, lors de précédentes mesures, que " le département du Trésor n'hésitera pas à prendre des mesures contre les groupes qui empêchent les États-Unis et leurs alliés d'accéder aux minerais essentiels à notre défense nationale ". Cette formulation ancre clairement ces sanctions dans une stratégie économique assumée, où la sécurisation des flux de ressources s'impose comme un levier central de politique étrangère.
Sur le plan opérationnel, les sanctions entraînent le gel de tous les avoirs de Joseph Kabila relevant de la juridiction américaine, ainsi que l'interdiction de toute transaction avec des personnes ou entités américaines. Le dispositif s'étend également aux structures détenues majoritairement par l'ancien président, précise le Trésor. Selon Reuters, cette mesure s'inscrit dans une série d'actions déjà engagées par Washington contre des acteurs militaires et des réseaux impliqués dans le conflit, y compris des responsables rwandais accusés d'ingérence.
À Kinshasa, la réaction officielle traduit un certain alignement avec la position américaine. Le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani, cité par Reuters, affirme que Joseph Kabila " figure parmi ceux qui rendent difficile et complexe la recherche de la paix en République démocratique du Congo ", l'accusant d'être au cœur des dynamiques de déstabilisation.
Perton Biyiha
Publié le 04/05/26 17:50
La Rédaction
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