Le Cameroun a réussi sa récente émission d'eurobonds sur les marchés internationaux, en levant 750 millions USD. Une opération jugée satisfaisante par les autorités financières, alors même que la perception du pays reste pénalisée par sa notation et par un risque politique considéré comme élevé. C'est ce qu'a expliqué Samuel Tela, directeur de la Trésorerie au ministère camerounais des Finances, dans une interview accordée à la télévision publique nationale.
Selon ce responsable, l'opération menée à Londres a dépassé les attentes initiales. " Nous étions sortis pour chercher 600 millions de dollars. Nous avons eu beaucoup plus que ça… sur une offre globale d'environ 1 milliard de dollars, nous avons retenu 750 millions ", a-t-il déclaré, soulignant que la transaction avait été sursouscrite et que " les conditions financières de l'opération sont également jugées satisfaisantes au regard des projections ".
Pour Samuel Tela, cette performance tranche avec l'émission précédente. " Vous verrez que le papier Cameroun était moins couru en 2024 qu'en 2026 ", a-t-il affirmé, rappelant que lors de l'opération antérieure, " Citibank… avait garanti qu'au cas où les investisseurs ne souscrivent pas, ils vont compléter l'enveloppe… et je crois qu'à la fin, ils avaient mis environ 2/5 de l'enveloppe ".
Cette fois, les autorités ont constaté une base d'investisseurs plus large et une meilleure couverture. Le directeur de la Trésorerie attribue cette évolution aux efforts de communication internationale. " On a été à Londres deux fois déjà. Nous avons été à New York pour discuter avec les investisseurs de la situation économique du Cameroun ", a-t-il indiqué,
Pour Samuel Tela, la question centrale n'est pas tant la performance financière que la perception du Cameroun par les investisseurs internationaux. Selon lui le Cameroun pâtirait d'une image plus globale associée à l'Afrique centrale. " Le Cameroun est perçu comme les autres pays de la sous-région. Donc les investisseurs ont eu l'impression que le Cameroun c'est un pays qui dépend du pétrole. Donc il est difficile parfois pour un investisseur de faire une différence ou une distinction nette entre le Cameroun et le Congo, le Gabon, en termes de perspectives économiques ", a-t-il poursuivi, tout en insistant que " nous avons une économie très diversifiée qui ne dépend pas du pétrole ou des autres matières premières ".
Comparant implicitement la situation à celle du Bénin, qui a récemment levé 850 millions USD avec une maturité de 7 ans et un coupon qui est ressorti à 4,92 % grâce à une opération de couverture de change dollar-euro, il explique que l'écart de conditions d'emprunt tient largement à l'environnement économique perçu. " Le Bénin a le bénéfice d'appartenir à une zone économique beaucoup plus dynamique où les économies sont diversifiées. Donc la proximité du Bénin, le fait pour le Bénin d'appartenir à la même zone économique que la Côte d'Ivoire, lui offre une certaine perception. Et le Bénin, il faut le reconnaître, a une meilleure notation que le Cameroun ", a-t-il affirmé sur la CRTV.
Des progrès réels mais un risque politique jugé déterminant
Le directeur de la Trésorerie reconnaît que certains indicateurs se sont améliorés ces dernières années, sans que cela ne suffise à transformer l'image du pays. " Nous avons certes amélioré beaucoup de critères, si vous regardez la fiche de notation, que ce soit les fiches de Moody's ou de Fitch ou de S&P. Il y a des points sur lesquels nous avons fait des progrès substantiels. Mais le risque politique, entre guillemets, reste permanent et a un poids très important dans la note finale ", a-t-il déclaré.
Selon lui, ce facteur explique en grande partie la persistance d'une notation souveraine modeste. " Le Cameroun reste B- avec une perspective négative ", a-t-il rappelé, estimant que " tout porte à croire que le risque politique doit peser beaucoup dans la notation actuelle du Cameroun ".
Samuel Tela insiste également sur la dépendance des investisseurs à ces évaluations extérieures. " Vous voyez par exemple les investisseurs qui ont souscrit les obligations du Cameroun, certains auront la peine à situer le Cameroun sur une carte géographique. Donc pour eux, les seules sources d'informations sur le Cameroun, c'est le FMI et la note que ces agences donnent ", a-t-il expliqué.
Face à cette perception, les autorités tentent de corriger l'image du pays lors des rencontres avec les marchés. " Chaque fois qu'on rencontre des investisseurs, on leur dit : nous avons un faible taux d'endettement, nous avons une économie diversifiée, nous avons un taux de croissance moyen de 4 à 4,5 %, le pétrole concourt peut-être à 10 ou 15 % des ressources budgétaires. Et ils sont toujours surpris de comprendre que nous soyons à ce niveau de notation ", a-t-il ajouté.
Pour améliorer cette perception, le Cameroun a recours à un accompagnement externe. " Le ministre des Finances a signé un contrat avec un conseil financier international qui nous accompagne dans les discussions avec les agents de notation. C'est-à-dire chaque fois qu'il y a la revue de la note du Cameroun… ils nous accompagnent ", a indiqué Samuel Tela.
Il souligne aussi l'importance d'un programme avec le FMI pour rassurer les investisseurs. " Quand l'État dont il détient les titres est sous-programme avec le FMI, c'est comme une sorte de garantie en dernier ressort… donc ça atténue le risque ", a-t-il expliqué.
Perton Biyiha
Publié le 16/02/26 14:46
La Rédaction
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CEMAC