La finance africaine ne manque ni de capitaux ni d'ambitions. Son principal défi reste de transformer cette puissance financière en investissements productifs, en emplois et en services accessibles au plus grand nombre. C'est précisément cette capacité à produire des retombées économiques concrètes que les Africa Financial Summit Awards (AFIS Awards) ont choisi de mettre à l'honneur, le 3 novembre 2026, à Luanda, en marge de la 6e édition de l'AFIS.
Organisée en partenariat avec le cabinet Forvis Mazars, la cérémonie a distingué 6 personnalités et institutions pour leurs réalisations dans des secteurs clés de l'industrie financière. Banques, assurance, capital-investissement, technologies financières et banques centrales, le palmarès 2026 reflète la diversité des acteurs appelés à soutenir la transformation économique du continent.
Les distinctions ont été attribuées par un jury indépendant composé de professionnels et d'experts du secteur, sur la base de critères portant notamment sur les performances, l'innovation, l'impact économique et la contribution à la transformation de l'industrie financière. Un choix qui s'inscrit dans le thème de cette édition, ‘'Making Capital Count : accélérer la croissance grâce à la finance africaine''.
FirstRand et Old Mutual, les champions de la transformation financière
Dans la catégorie African Banker, le prix revient à Mary Vilakazi, directrice générale de FirstRand. Première femme à prendre les commandes de ce groupe financier sud-africain en avril 2024, elle est récompensée pour la conduite de sa stratégie de recentrage et les performances opérationnelles enregistrées sous son mandat.
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Le groupe a notamment engagé un retrait de ses activités britanniques afin de concentrer ses ressources sur l'Afrique du Sud et certains marchés africains. Cette réorientation commence à porter ses fruits. Au terme de l'exercice clos en juin 2026, FirstRand a enregistré une hausse de 13% du résultat de ses activités poursuivies, soutenue par la croissance à deux chiffres de ses divisions First National Bank (FNB) et Rand Merchant Bank (RMB). Le groupe a également distribué le dividende le plus élevé de son histoire.
Dans l'assurance, la distinction African Insurer consacre Jurie Strydom, directeur général d'Old Mutual. Le dirigeant est récompensé pour la transformation stratégique engagée au sein de cet assureur historique d'Afrique australe. En 2025, le groupe a enregistré une progression de 13% de son résultat opérationnel à 9,8 milliards de rands, tandis que son résultat net ajusté s'est apprécié de 24%, à 8,3 milliards de rands.
Old Mutual a parallèlement accéléré la diversification de ses activités avec le lancement officiel d'OM Bank en août 2025 et l'annonce d'un programme de rachat d'actions de 3 milliards de rands. Le groupe entend ainsi consolider ses positions en Afrique du Sud et dans les autres marchés d'Afrique australe, tout en élargissant son périmètre d'intervention.
DPI récompensé pour le financement des entreprises et la création d'emplois
Le capital-investissement, qui consiste à injecter des fonds dans des entreprises non cotées afin de financer leur développement, figure également parmi les secteurs mis à l'honneur. Dans la catégorie African Fund, Development Partners International (DPI) a été distingué pour sa contribution au financement de la croissance des entreprises africaines.
Depuis 2007, cet investisseur accompagne des sociétés en développement, notamment celles qui répondent à l'expansion des besoins de consommation de la classe moyenne africaine. Les entreprises détenues dans ses portefeuilles ADP II et ADP III emploient aujourd'hui plus de 60 000 personnes. Ses fonds ADP figurent par ailleurs dans le premier quartile des performances évaluées par Cambridge Associates, ce qui les place parmi les 25% les plus performants de leur catégorie de référence.
L'année 2026 marque une nouvelle étape pour le groupe avec le premier closing de son 4e véhicule d'investissement, ADP IV, dont l'objectif de levée avoisine un milliard de dollars. Cette première clôture a notamment bénéficié d'engagements de 50 millions de dollars de DEG, l'institution allemande de financement du développement, et de 42 millions de dollars de Proparco, filiale de l'Agence française de développement dédiée au financement du secteur privé.
Cette distinction souligne le rôle croissant des investisseurs institutionnels dans le financement des entreprises africaines.
Wave et les banques centrales, entre inclusion financière et stabilité monétaire
L'innovation technologique et l'élargissement de l'accès aux services financiers constituent un autre axe fort du palmarès. Dans la catégorie African Disrupter, la fintech Wave a été récompensée pour son modèle de paiement mobile fondé sur des frais réduits et une expérience numérique simplifiée.
Présente sur 8 marchés, notamment au Sénégal, en Côte d'Ivoire et au Cameroun, l'entreprise revendique plus de 21 millions d'utilisateurs. Son développement met en lumière la capacité des fintechs à élargir l'accès aux paiements numériques, particulièrement auprès des populations et des petits acteurs économiques encore insuffisamment servis par les réseaux bancaires traditionnels.
Wave a également franchi un cap dans sa stratégie de diversification en 2025. La fintech a mobilisé 117 millions d'euros de financement par dette et lancé Wave Bank Africa en Côte d'Ivoire, une banque commerciale dotée d'un capital social de 20 milliards FCFA. Cette évolution traduit son ambition de dépasser le seul marché des paiements mobiles pour proposer une gamme plus large de services bancaires.
Du côté des autorités monétaires, deux gouverneurs ont été distingués. Le prix African Woman in Finance revient à Soraya M. Hakuziyaremye, gouverneure de la Banque nationale du Rwanda. Nommée en 2025, elle est la première femme à diriger l'institution, après avoir notamment exercé les fonctions de vice-gouverneure et de ministre du Commerce et de l'Industrie.
Son action à la tête de la banque centrale est notamment marquée par un resserrement de la politique monétaire destiné à contenir les tensions inflationnistes. En 2026, le taux directeur, c'est-à-dire le principal taux auquel la banque centrale oriente les conditions de financement dans l'économie, a été relevé de 6,75% à 8,75%.
Cette politique intervient dans un contexte d'expansion du secteur financier rwandais. Ses actifs ont progressé de 22% à 16 500 milliards de francs rwandais au début de 2026. Les crédits accordés au secteur privé ont également augmenté de plus de 22% au premier semestre, témoignant du dynamisme du financement de l'activité économique.
Le prix African Central Bank Governor distingue, quant à lui, Manuel António Tiago Dias, gouverneur de la Banque nationale d'Angola (BNA). Entré au sein de l'institution en 1997, il en est devenu vice-gouverneur en 2016, avant d'être nommé à sa tête en 2023.
Son action est notamment saluée pour les résultats obtenus dans la lutte contre l'inflation. Celle-ci est passée de 27,5% en 2024 à moins de 10% en juillet 2026, selon les données présentées dans le cadre des Awards. Cette désinflation a permis à la banque centrale d'engager une baisse progressive de son taux directeur, dans un environnement marqué par la reprise de la croissance économique.
Partenaire de la cérémonie, Forvis Mazars a réaffirmé son engagement en faveur de cette transformation. Abdou Souleye Diop, Country Leader de Forvis Mazars au Maroc et membre du Group Governing Board, a souligné le rôle des entrepreneurs et des institutions qui convertissent les défis du continent en opportunités économiques.
Publié le 04/11/26 14:42
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC