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Sénégal : Le rejet du budget rectificatif fait planer des incertitudes sur les dépenses sociales et les investissements publics

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L'Assemblée nationale du Sénégal a rejeté, mardi 3 novembre 2026, le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, à la suite de l'adoption de la question préalable, par 109 voix pour, 20 contre et 3 abstentions. Cette procédure a entraîné le rejet du texte sans examen au fond. Une décision que l'économiste et financier Dr Mohamed Ndiaye qualifie d'inédite dans l'histoire budgétaire récente du pays, tout en rappelant qu'elle relève du fonctionnement démocratique. ''Dans une démocratie, l'Exécutif propose et le Parlement dispose', souligne-t-il.

Au-delà de cette confrontation institutionnelle, l'économiste s'interroge surtout sur les répercussions de ce rejet pour les finances publiques et les citoyens sénégalais. Il rappelle que la loi de finances rectificative permet à l'État d'ajuster ses prévisions budgétaires lorsque la conjoncture économique s'écarte sensiblement des hypothèses initiales. Or, en 2026, plusieurs chocs ont profondément bouleversé les équilibres financiers du Sénégal. La hausse des cours du pétrole, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, a notamment fait grimper le prix du baril d'environ 73 dollars en février à plus de 110 dollars en avril.

Cette flambée des prix a entraîné une forte augmentation des subventions énergétiques, passées de 250 à 790,3 milliards de FCFA. Dans le même temps, les perspectives de croissance ont été revues à la baisse, de 5 % à 2,7 %, tandis que les mesures de mobilisation des recettes prévues dans le Plan de redressement économique et social n'ont rapporté que 311,5 milliards de FCFA, contre 762,9 milliards initialement attendus. Les nouvelles projections budgétaires font ainsi ressortir 7 583,9 milliards de FCFA de dépenses pour 5 848,7 milliards de recettes, soit un déficit représentant 7,6 % du PIB. Concrètement, cela signifie que sur 100 FCFA dépensés par l'État, environ 23 doivent être couverts par l'endettement. Pour Dr Mohamed Ndiaye, la révision budgétaire répondait donc à la nécessité d'adapter les finances publiques à une conjoncture profondément dégradée.

Des incertitudes sur l'exécution des dépenses publiques

Le rejet de la LFR ne fait toutefois disparaître aucune des obligations financières de l'État. Les dépenses énergétiques, les salaires des agents publics, les bourses familiales et les échéances de la dette restent à honorer. En 2026, les seuls intérêts de la dette sont estimés à 1 285 milliards de FCFA, soit environ 26 % des recettes fiscales. Pour l'économiste, la difficulté est désormais autant juridique que financière, puisque les ajustements proposés dans le texte rejeté ne disposent pas de l'autorisation parlementaire sollicitée.

"Les marges de manœuvre de l'Exécutif et les procédures permettant d'assurer la continuité de l'exécution budgétaire suscitent des interprétations juridiques divergentes. Cette incertitude intervient dans un contexte où le pays a particulièrement besoin de stabilité, de visibilité et de confiance", observe-t-il.

Les ménages et les entreprises exposés

Pour les ménages, les principales inquiétudes portent sur le pouvoir d'achat et la continuité des dispositifs de protection sociale. Le projet de LFR prévoyait notamment de doubler les crédits consacrés aux bourses de sécurité familiale, en les portant de 35 à 70 milliards de FCFA, au bénéfice de plus d'un million de ménages. Il intégrait également une hausse de 28,8 milliards de FCFA des crédits destinés au secteur de la santé. Avec le rejet du texte, la mise en œuvre de ces mesures devient plus incertaine, selon Dr Mohamed Ndiaye.

Les entreprises pourraient, elles aussi, subir les effets de cette situation, notamment à travers les tensions de trésorerie liées aux retards de paiement de l'État. Les arriérés publics, estimés à 1 956 milliards de FCFA au 31 décembre 2024, fragilisent déjà de nombreux opérateurs économiques, en particulier dans le BTP et les secteurs dépendant de la commande publique. "Tout ralentissement supplémentaire des paiements pourrait peser sur l'investissement et l'emploi ", prévient l'économiste.

Les investissements publics constituent un autre point de vigilance. Ils ont déjà fait l'objet d'une réduction de 555 milliards de FCFA, soit près de 20 %. Plusieurs projets dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'accès à l'eau doivent être reprogrammés dans le budget 2027. Mais l'incertitude entourant l'exécution budgétaire pourrait encore retarder leur réalisation et repousser les retombées économiques et sociales attendues.

Enfin, le rejet de la LFR intervient dans un contexte délicat pour les relations financières extérieures du Sénégal. Le pays attend notamment la validation d'un programme de 2,2 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI), alors que certains financements extérieurs sont déjà suspendus. Pour Dr Mohamed Ndiaye, cette nouvelle incertitude institutionnelle risque ainsi de fragiliser davantage la confiance des partenaires techniques et financiers, dont le soutien demeure important pour le financement de l'économie sénégalaise.

 

Publié le 04/11/26 12:17

La Rédaction

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