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Afrique : Le déficit du financement du commerce évalué entre 74 et 92 milliards USD en 2024

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À l'heure où l'Afrique cherche à accélérer son intégration économique, le financement du commerce reste le principal verrou de la transformation du continent. Présenté ce 27 mai à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le 5e rapport sur l'offre de financement du commerce en Afrique dresse un constat contrasté : les banques africaines ont résisté au choc post-Covid, mais les besoins demeurent colossaux.

En 2024, le déficit de financement du commerce africain est estimé entre 74 et 92 milliards de dollars, selon le rapport. Même réduit de près de 10% depuis 2019 grâce au soutien massif des institutions financières de développement, ce manque représente encore 5,4% de la valeur totale des échanges de marchandises du continent.

Le rapport souligne toutefois un scénario bien plus inquiétant sans l'intervention des bailleurs multilatéraux. ‘'Sans le soutien des institutions de financement du développement, le déficit annuel du financement du commerce aurait dépassé les 100 milliards de dollars entre 2020 et 2024'', insiste le document.

Les banques commerciales décrochent

L'une des grandes tendances mises en lumière concerne le recul du rôle des banques commerciales dans le financement des échanges africains. Entre 2020 et 2024, elles n'ont financé en moyenne que 23% du commerce total du continent, contre 40% durant la période 2011-2019.

Cette baisse traduit les difficultés croissantes du secteur bancaire face aux contraintes de liquidité, aux exigences réglementaires internationales et à la raréfaction des devises étrangères. Désormais, le principal obstacle identifié par les banques africaines est la pénurie de liquidités en devises. Environ 36% des établissements interrogés considèrent ce facteur comme leur première limite au développement du trade finance, soit deux fois plus qu'avant la pandémie.

Le rapport note également que les restrictions des banques correspondantes internationales ne constituent plus le premier frein, signe d'une recomposition progressive de l'écosystème financier africain.

Le commerce intra-africain progresse fortement

Dans ce paysage encore fragile, un indicateur nourrit néanmoins l'optimisme. Le commerce intra-africain financé par les banques connaît une progression importante. Entre 2020 et 2024, il a représenté 34% des opérations de trade finance intermédiées par les banques, soit une hausse de 89 points par rapport aux niveaux d'avant pandémie.

Cette dynamique reflète l'effet progressif de la Zone de libre-échange continentale africaine et l'essor des banques régionales africaines.

Le rapport relève d'ailleurs qu'aujourd'hui 6 des 7 principales banques confirmatrices opérant sur le continent sont africaines. Une rupture majeure alors qu'elles n'étaient que 2 dans le top 10 lors des précédentes enquêtes.

Le virage numérique encore timide

Autre enseignement majeur, la digitalisation du financement du commerce avance lentement. Seulement 28% des banques interrogées disposent de solutions numériques dédiées au trade finance.

Le coût élevé des infrastructures technologiques reste le principal frein. Pourtant, les établissements bancaires reconnaissent massivement les gains associés à cette transformation. Près de la moitié des répondants évoquent des délais de traitement plus rapides, tandis que 40% mettent en avant une meilleure transparence et 35% une réduction des coûts opérationnels.

La finance verte s'installe progressivement

Le rapport révèle aussi une mutation plus discrète mais stratégique, celle notamment de l'intégration progressive des critères environnementaux dans les opérations de financement du commerce.

Plus de la moitié des banques sondées affirment désormais intégrer des objectifs de durabilité dans leurs activités. En moyenne, 19% des portefeuilles de trade finance sont considérés comme ‘'verts''. Fait révélateur, 76% des politiques de durabilité mises en place l'ont été au cours des cinq dernières années.

Les institutions de développement au cœur du système

Face aux fragilités persistantes, les institutions financières de développement apparaissent comme les véritables amortisseurs du commerce africain. Selon le rapport, elles ont facilité environ 32 milliards de dollars de financements commerciaux par an entre 2020 et 2024, soit près de 3% du commerce total de marchandises du continent.

Pour la BAD, la priorité est désormais de renforcer l'accès aux devises, accélérer la digitalisation bancaire et approfondir l'intégration financière régionale afin de réduire durablement le déficit de financement du commerce.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et la fragmentation des chaînes d'approvisionnement, le rapport envoie finalement un message sans équivoque : l'Afrique ne pourra transformer sa dynamique commerciale sans bâtir une architecture financière continentale plus robuste et plus souveraine.

Envoyé spécial à Brazzaville, Congo

Publié le 27/05/26 23:46

Dr Ange Ponou

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