La guerre commerciale entre Pékin et Washington redessine les routes mondiales des exportations. L'Afrique en sort grande gagnante avec une envolée significative des ventes chinoises qui atteignent déjà 122 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2025, en hausse de 25% sur un an, selon les données de Bloomberg, consultées par Sika Finance.
Le continent pourrait franchir pour la première fois la barre symbolique des 200 milliards de dollars d'importations chinoises cette année, selon les données officielles.
Un rebond porté par la diversification
Alors que les commandes américaines déclinent sous l'effet des droits de douane imposés par l'administration Trump, l'Afrique s'affirme comme un débouché de choix pour l'industrie chinoise. ‘'Les exportateurs chinois ont remarquablement diversifié leurs marchés vers l'Afrique'', souligne un spécialiste du commerce international. La faiblesse du yuan a par ailleurs renforcé la compétitivité des produits chinois.
Le Nigéria, l'Afrique du Sud et l'Égypte se positionnent comme les trois principaux clients. Les engins de chantier affichent une croissance record de 63% sur un an, les exportations de voitures particulières ont plus que doublé et les ventes de produits sidérurgiques progressent à deux chiffres.
Infrastructures et énergie, moteurs du boom
L'essor commercial s'appuie sur l'initiative ‘'Ceinture et Route'', dont l'Afrique est une pièce maîtresse. Sur le seul premier semestre 2025, les contrats de construction sino-africains ont atteint 30,5 milliards de dollars, soit cinq fois plus qu'en 2024. Pékin finance massivement ces projets via ses banques publiques, comme la Banque de développement de Chine qui vient de débloquer 245 millions d'euros pour un projet ferroviaire au Nigéria.
L'énergie constitue un autre axe majeur. Les importations africaines de panneaux solaires chinois ont bondi de 60% sur un an, et ont triplé en deux ans hors Afrique du Sud. La Chine propose également des solutions en batteries et convertisseurs, en hausse de 41% et 25% respectivement.
Si la part africaine reste modeste dans les exportations chinoises à 6%, elle gagne rapidement en importance stratégique. L'Afrique offre à la fois un marché en expansion, un terrain pour l'internationalisation du yuan et une vitrine pour les marques chinoises. Quatre pays africains, dont le Nigéria et l'Afrique du Sud, ont déjà signé des accords bilatéraux de swap de devises avec la Banque centrale de Chine.
Cette dynamique n'est pas sans risques. Les producteurs locaux s'inquiètent de l'afflux de produits chinois à bas prix et du poids croissant de la dette envers Pékin. Mais pour Lauren Johnston, experte Chine–Afrique, ‘'c'est en Afrique que la Chine propulse ses entreprises et ses marques à l'international, en créant des marchés et en gagnant en notoriété''.
Dans un contexte où les exportations chinoises vers les États-Unis s'essoufflent, l'Afrique apparaît désormais comme le relais de croissance le plus dynamique de Pékin. L'année 2025 pourrait marquer un nouveau dynamisme de ce commerce bilatéral franchissant de nouveaux records et renforçant encore l'ancrage stratégique de la Chine sur le continent.
Publié le 27/08/25 16:08
La Rédaction
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CEMAC