Accusé d'avoir utilisé des millions de livres piratés pour entraîner l'IA Claude, le géant américain Anthropic solde un procès retentissant via un accord de 1,5 milliard USD, mettant en lumière le "Projet Panama" et sa stratégie industrielle. Pour comprendre tous les rouages de cette affaire inédite, voici ce qu'il faut en retenir.
Selon The Washington Post, le Projet Panama a été pensé au début de l'année 2024 comme une initiative confidentielle de grande ampleur. L'appellation "Panama" fait directement référence au canal de Panama : tout comme cette voie d'eau monumentale avait été percée pour relier deux océans et contourner les voies maritimes traditionnelles, ce projet visait à créer un raccourci gigantesque reliant le patrimoine littéraire physique directement aux modèles numériques, en contournant le passage obligé des négociations de licences.
L'objectif consigné dans les documents internes d'Anthropic visait ainsi à procéder au scannage systématique et destructif de la littérature mondiale afin d'alimenter l'entraînement des modèles de langage de la famille Claude. La direction de l'entreprise exigeait alors une discrétion absolue autour de ces opérations pour éviter d'éveiller l'attention du public et des éditeurs.
Pour nourrir ses modèles sans passer par l'achat de licences numériques, Anthropic a déployé une logistique matérielle massive, poursuit le journal américain. Ainsi, des dizaines de millions de dollars ont été consacrés à l'achat en gros de livres d'occasion. Les dos de ces livres étaient découpés ensuite à la lame hydraulique pour désolidariser les pages, lesquelles étaient immédiatement numérisées sur des scanners haute vitesse avant que le papier restant ne soit envoyé au pilon pour être recyclé.
Sur le plan légal, la défense d'Anthropic s'est appuyée sur la doctrine américaine de la première vente. Selon ce principe, le propriétaire légitime d'un ouvrage physique conserve le droit d'en disposer à sa guise, y compris de le modifier ou de le détruire. En détruisant chaque livre papier parallèlement à son extraction numérique, l'entreprise soutenait qu'elle ne créait aucune copie supplémentaire sur le marché. Cette argumentation sur la transformation des supports physiques a convaincu les juges de retenir la qualification d'usage loyal transformatif pour cette partie du procédé.
Malgré la validation du scannage physique, l'utilisation préalable d'archives numériques piratées a fragilisé la position d'Anthropic. En effet, environ 5 millions de livres avaient été téléchargés à partir de la base de données LibGen (Library Genesis) en juin 2021, et 2 millions de livres supplémentaires depuis PiLiMi (Pirate Library Mirror) en juillet 2022.
En septembre 2025, Anthropic a conclu un accord historique de 1,5 milliard USD pour éteindre le recours collectif des ayants droit. Le règlement prévoit la destruction des fichiers piratés et une indemnisation d'environ 3 000 USD par livre éligible. Sur les 7 millions d'ouvrages concernés, seuls 500 000 recevront un paiement. Pour être éligibles, les œuvres doivent posséder un ISBN/ASIN et avoir été enregistrées à l'US Copyright Office dans les cinq ans suivant leur parution, jusqu'à trois mois avant leur téléchargement.
L'affaire refait surface suite à deux tournants judiciaires majeurs. D'abord, le déscellement de 4 000 pages d'archives a révélé les mémos secrets détaillant l'extraction destructive d'Anthropic. Ensuite, la juge Araceli Martínez-Olguín a officiellement validé, le 20 juillet 2026, l'accord historique de 1,5 milliard USD, scellant le plus grand règlement financier de l'histoire du droit d'auteur américain.
Anselme Akéko
Publié le 03/08/26 17:58
La Rédaction
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