La reprise des actifs de TotalEnergies au Burkina Faso vire à l'affrontement ouvert. Dans un communiqué au ton ferme, publié ce 17 mars, Barka Énergies conteste frontalement les accusations relayées par le média Africa Intelligence et se présente non pas comme un acteur offensif, mais comme ‘'victime'' d'une stratégie judiciaire menée par la Société de Participation et d'Investissement (SPI), dirigée par Sanoh Mamady.
Au cœur de ce bras de fer, se trouve un enjeu stratégique, celui du contrôle d'actifs pétroliers dans un marché en recomposition, sur fond de sortie progressive de certains majors du continent africain.
Une contestation née de l'attribution des actifs
L'origine du litige remonte à février 2025, lorsque TotalEnergies annonce la cession de sa filiale burkinabè. Plusieurs investisseurs s'étaient positionnés, dont la SPI de Sanoh Mamady. Mais son offre n'a pas été retenue.
Selon Barka Énergies, cette éviction aurait déclenché une série d'actions judiciaires. L'entreprise évoque ‘'un mauvais perdant'' ayant entrepris d'entraver la transition. Une lecture contestée implicitement par les procédures engagées, mais qui éclaire la tension extrême entourant cette opération.
Une avalanche de procédures judiciaires
Depuis le printemps 2025, les contentieux se multiplient. Dès avril, une première action est engagée devant le tribunal de Bobo-Dioulasso, portant sur plusieurs milliards FCFA liés à une station-service acquise une décennie plus tôt.
Un mois plus tard, une seconde procédure est initiée via une société de transport, avec des réclamations financières encore plus élevées. Pour Barka Énergies, ces demandes sont déconnectées de la réalité opérationnelle actuelle, notamment en raison de l'absence d'activité effective de transport.
Cette multiplication des recours judiciaires traduit une stratégie de pression classique dans les litiges liés aux actifs énergétiques, où les enjeux financiers et fonciers sont particulièrement élevés.
Des irrégularités présumées au cœur du dossier
En préparant sa défense, Barka Énergies affirme avoir mis au jour des anomalies juridiques majeures dans des opérations passées de cession d'actifs immobiliers.
Selon le communiqué, certaines transactions impliquant la SPI n'auraient pas respecté les règles encadrant les conventions dites réglementées, notamment lorsqu'un administrateur est partie prenante à l'opération. L'entreprise évoque l'absence d'autorisation du conseil d'administration, de validation par les commissaires aux comptes et d'approbation par l'assemblée générale.
Des manquements qui, s'ils étaient confirmés, pourraient fragiliser juridiquement certaines opérations et rebattre les cartes du contentieux.
Un arbitrage international engagé
Face à l'escalade judiciaire, Barka Énergies a décidé de porter le différend sur le terrain international. Le 20 janvier 2026, l'entreprise a saisi la Chambre de commerce internationale pour engager une procédure d'arbitrage, conformément aux clauses contractuelles.
Ce choix d'un arbitrage à Paris, plutôt qu'un règlement local, traduit la volonté de sécuriser le traitement du litige dans un cadre perçu comme plus neutre et plus prévisible par les investisseurs internationaux.
Un enjeu de réputation et de gouvernance
Au-delà du différend juridique, Barka Énergies dénonce également une tentative d'atteinte à la réputation de certains acteurs, citant notamment Coris Bank International et Idrissa Nassa, présentés comme non impliqués dans ce dossier.
Le communiqué prend également une dimension plus politique et historique, en évoquant un ‘'bradage'' passé des actifs dans un contexte où les équilibres institutionnels limitaient la prise de parole des acteurs internes.
Malgré la virulence des échanges, Barka Énergies affirme rester ouverte à un règlement amiable ‘'qui préserve les intérêts de la société''. Une position qui laisse entrevoir une possible désescalade, même si le recours à l'arbitrage international suggère que le conflit pourrait s'inscrire dans la durée.
Cette affaire montre, une fois de plus, la complexité des opérations de cession d'actifs énergétiques en Afrique, où s'entremêlent enjeux financiers, rivalités d'acteurs et questions de gouvernance. Dans un secteur en pleine recomposition, la sécurisation juridique des transactions apparaît plus que jamais comme une condition clé pour attirer durablement les investisseurs.
Publié le 18/03/26 11:04
La Rédaction
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CEMAC