La Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (BVMAC) est opérationnelle depuis 2022. Quatre ans plus tard, les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) livrent un constat mesuré : au moment de la publication du rapport dont les données sont arrêtées à mars 2026, la plateforme régionale "ne compte actuellement que huit sociétés cotées". Ce chiffre consacré au renforcement des systèmes financiers, traduit la difficulté structurelle que rencontre l'Afrique centrale pour transformer son potentiel économique en profondeur de marché financier. Depuis lors, BGFIBank Holding, premier groupe bancaire de la zone CEMAC, a rejoint la cote avec une entrée qui pourrait marquer un tournant dans la trajectoire de la bourse régionale.
Le retard de la BVMAC s'inscrit dans une dynamique continentale contrastée. La BAD note à ce sujet que le paysage boursier africain a connu "une croissance fulgurante au cours des deux dernières décennies", la capitalisation boursière ayant "été multipliée par près de six pour atteindre 1 200 milliards de dollars US en 2024, soit environ 40 % du PIB de 2024". Mais l'activité "reste fortement concentrée dans une poignée d'économies, notamment l'Égypte, le Maroc, le Nigeria et l'Afrique du Sud". La valeur totale des actions négociées sur le continent ne représente que "4,4 % du PIB en 2024, contre environ 120 % à l'échelle mondiale". Aucun pays de la zone CEMAC ne figure dans le tableau de performance des principales bourses africaines publié par le rapport, qui couvre Johannesburg, Cairo, Casablanca, Lagos, Nairobi et Maurice.
Le rapport identifie les freins structurels communs aux bourses africaines sous-développées, qui s'appliquent directement à la BVMAC dont "le nombre limité de cotations, la participation restreinte des investisseurs institutionnels et le manque de liquidité". Il ajoute que les marchés boursiers africains présentent "un niveau de dispersion élevé" des rendements par rapport aux autres régions, signe d'une "fragmentation persistante, des réserves de liquidités faibles et des liens entre les marchés limités". Cette dispersion est en hausse tendancielle en Afrique sur la période 2006-2024, alors qu'elle recule en Asie émergente et dans l'Union européenne, deux zones où l'intégration régionale des marchés a progressé. C'est précisément dans ce contexte que l'entrée de BGFIBank Holding à la BVMAC prend une dimension stratégique : avec un bilan consolidé parmi les plus importants de la sous-région et une présence dans onze pays africains, le groupe apporte à la bourse régionale une valeur de référence et une visibilité institutionnelle dont elle manquait depuis son lancement.
La BAD relève par exemple, dans la note pays de la République du Congo, que Brazzaville est "très actif sur le marché financier régional grâce à l'émission massive de titres du Trésor", dont l'encours "représentait 30 % du PIB en 2024, avec des taux d'intérêt atteignant 11 %". Ces taux élevés alourdissent mécaniquement le fardeau de la dette sans contribuer au développement d'un marché secondaire liquide. Le rapport identifie pour la République du Congo un potentiel de devenir "une plaque tournante de l'émission de titres thématiques (obligations vertes et bleues)" en s'appuyant sur le bassin du Congo, mais cette ambition suppose précisément que la BVMAC monte en capacité comme plateforme de cotation et d'échange.
L'institution dirigée par Sidi Oul Tah, formule par ailleurs des recommandations précises pour dépasser le stade embryonnaire des bourses régionales africaines. L'institution plaide pour le renforcement des "plateformes boursières régionales et continentales destinées à renforcer l'intégration" et souligne que les efforts déjà engagés "n'ont pas encore donné les résultats escomptés". Elle cite en référence positive le projet de liaison des bourses africaines (AELP), lancé en 2022, qui relie sept grandes bourses représentant "plus de 90 % de la capitalisation boursière totale du continent", sans que la BVMAC en fasse encore partie.
Publié le 13/06/26 13:25
La Rédaction
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