En deux ans, l'État camerounais a procédé à l'apurement intégral des arriérés salariaux dus aux employés de la Cameroon Development Corporation (CDC), le plus grand employeur public du pays après la fonction publique. Selon un communiqué rendu public le 15 septembre 2025 par le ministère camerounais des Finances, une enveloppe de 15 milliards FCFA a été décaissée à cette date pour solder définitivement les dettes salariales accumulées par l'entreprise entre 2018 et 2022.
Cette annonce complète une première opération intervenue en décembre 2024, lorsque le gouvernement a mobilisé 20 milliards FCFA pour réduire une partie des arriérés. L'ensemble porte donc à 35,75 milliards FCFA les montants débloqués entre 2024 et 2025 en faveur des travailleurs de la CDC, entreprise publique spécialisée dans les cultures d'exportation (hévéa, banane, palmier à huile), basée dans la région du Sud-Ouest du Cameroun.
La décision d'apurer ces arriérés trouve son origine dans les travaux d'un Groupe ad hoc créé en août 2023 par le conseil d'administration de la CDC. Mandaté pour évaluer l'endettement de l'entreprise et formuler des solutions, ce groupe avait présenté un rapport détaillant trois principaux postes : des arriérés salariaux estimés à 35,75 milliards FCFA, une dette sociale de 28,1 milliards FCFA vis-à-vis de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et une dette fiscale de 31,8 milliards FCFA.
Les recommandations prévoyaient un règlement progressif des salaires sur deux ans via une opération tripartite impliquant l'État, une banque commerciale et les employés, un rééchelonnement de la dette sociale sur sept ans avec deux années de grâce sans intérêt, et une conversion des dettes fiscales en capital, accompagnée d'une compensation budgétaire pour la Direction générale des impôts
La structuration retenue reposait sur une cession de créances à des conditions compétitives, conformément aux plafonds fixés par la Loi de Finances. L'opération a mobilisé plusieurs institutions financières comme Fedhen Capital et Société Générale Capital Securities Central Africa, qui sont intervenues comme arrangeurs, tandis que Société Générale Cameroun, CCA Bank et AFG Bank ont pris part comme banques participantes.
La CDC a cessé de payer régulièrement ses salariés à partir de 2018, au plus fort des violences liées au conflit séparatiste anglophone. Plusieurs de ses plantations avaient été abandonnées ou détruites, réduisant drastiquement sa production et ses recettes d'exportation. Dans ce contexte, les créances envers le personnel s'étaient accumulées, jusqu'à représenter un lourd passif social.
Avant la crise, la CDC employait plus de 20 000 personnes, ce qui en faisait le premier employeur du pays hors fonction publique. L'entreprise a vu ses effectifs chuter et son outil de production s'effriter depuis 2016, mais reste un acteur clé de l'économie du Sud-Ouest et un fournisseur majeur de devises à travers ses exportations.
Perton Biyiha
Publié le 18/09/25 16:25
La Rédaction
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