La construction de la ligne ferroviaire Édéa-Kribi-Lolabé-Campo, longue d'environ 185 kilomètres, est évaluée à 400 milliards de FCFA par le gouvernement camerounais. Ce montant figure dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, qui prévoit le démarrage des travaux en 2029 et leur achèvement en 2034. Le gouvernement envisage de réaliser cette infrastructure en maîtrise d'ouvrage publique. Ce mode de pilotage signifie que l'État ou une entité publique conserve la responsabilité du projet. Le maître d'ouvrage définit les besoins auxquels l'infrastructure doit répondre, arrête ses principales caractéristiques et supervise sa réalisation.
La maîtrise d'ouvrage publique ne signifie toutefois pas que l'État financera seul les 400 milliards de FCFA nécessaires à la réalisation des travaux. Des entreprises privées peuvent intervenir dans les études, la mobilisation des financements, la construction ou encore l'exploitation de la ligne, selon le montage contractuel retenu. C'est dans cette perspective que le gouvernement camerounais a engagé des discussions avec Africa Global Logistics (AGL) et Camalco Cameroon SA. Après plusieurs mois de concertations techniques, les trois parties ont signé, le 4 juin 2026, un mémorandum d'entente portant sur le projet ferroviaire.
Dans le communiqué publié à l'issue de la cérémonie, les parties indiquent que " ce MoU fixe un cadre de collaboration clair pour un partenariat public-privé, avec un cahier des charges attribué à chaque acteur, couvrant notamment l'actualisation des études, la conception, le montage financier, la construction, l'exploitation et la maintenance de cette infrastructure ferroviaire stratégique, inscrite parmi les projets prioritaires de la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30) ".
L'implication de ces deux entreprises dans les discussions s'explique notamment par les intérêts économiques et logistiques que représente la future ligne pour leurs activités. Pour Camalco, l'enjeu est d'abord minier et logistique. La filiale camerounaise de Canyon Resources développe le projet de bauxite de Minim-Martap, dans l'Adamaoua, dont l'exploitation repose sur l'évacuation de plusieurs millions de tonnes de minerai par an vers un port d'exportation. La société a déjà choisi le rail comme colonne vertébrale de sa chaîne logistique et conclu un accord avec CAMRAIL pour le transport de la bauxite. Le schéma initial prévoit l'acheminement du minerai sur le réseau existant vers Douala, avec des investissements de Camalco dans la réhabilitation du réseau et les équipements ferroviaires.
Dans ce dispositif, la ligne Édéa-Kribi offrirait surtout à Camalco un débouché ferroviaire vers le port de Kribi. Au lieu de dépendre uniquement de l'axe ferroviaire conduisant à Douala, le minier pourrait disposer d'un corridor connecté à Kribi et à ses capacités portuaires. Cet accès constitue d'ailleurs l'un des principaux intérêts de Camalco dans le projet : sécuriser, à long terme, une voie d'exportation supplémentaire pour la bauxite de Minim-Martap.
Pour AGL, l'intérêt est davantage logistique et ferroviaire. Le groupe est déjà présent dans le transport, la logistique, les infrastructures portuaires et le rail au Cameroun. Il contrôle notamment CAMRAIL et dispose d'une plateforme logistique à Kribi, dont l'extension a mobilisé près de 3 milliards de FCFA. La future ligne permettrait ainsi de connecter le réseau ferroviaire exploité par CAMRAIL au port de Kribi et de générer de nouveaux flux de fret, notamment miniers et industriels.
Perton Biyiha
Publié le 09/07/26 12:00
La Rédaction
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