Quinze ans après le lancement de ses activités commerciales, Camair-Co n'a jamais enregistré d'exercice bénéficiaire. L'audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême, portant sur les exercices 2018 à 2023 et rendu public en août 2026, décrit une compagnie toujours confrontée à des déséquilibres financiers et opérationnels. Entre pertes persistantes, flotte insuffisante et soutien public croissant, le redressement engagé depuis 2020 n'a pas produit les résultats attendus.
À fin 2019, les pertes cumulées atteignaient déjà 101,5 milliards de FCFA et les capitaux propres étaient négatifs de 91,9 milliards. La situation s'est encore dégradée par la suite. La Chambre des comptes relève une aggravation de 53 milliards de FCFA des pertes entre 2021 et 2023. À fin 2023, les capitaux propres restaient négatifs à 58 milliards de FCFA.
" Les pertes nettes sont restées comprises entre -13 et -16 milliards FCFA par an sur la période 2021-2023 ", constate le rapport. Dans le même temps, les dirigeants ont poursuivi l'exploitation sur la base de budgets prévisionnels déficitaires, alors qu'" aucune ligne de transport n'est rentable ". La juridiction estime que cette orientation privilégie la continuité des vols plutôt que le retour à l'équilibre financier.
Une flotte insuffisante et des locations coûteuses
La flotte constitue l'autre faiblesse majeure relevée par l'audit. Une enveloppe de 15 milliards de FCFA avait été prévue pour acquérir deux Q400, réhabiliter deux Boeing 737-700 et convertir un Boeing 737-300 en avion-cargo. Environ 14 milliards ont été engagés. Deux Q400 et un Boeing 737-700 ont été remis en exploitation, tandis que le second 737-700 et le 737-300 sont restés immobilisés en maintenance en Éthiopie faute de financements suffisants. La conversion du 737-300 en cargo a finalement été jugée peu rentable.
Les délais de remise en service ont également pesé sur les coûts. Ils ont atteint 15 mois pour les Q400 et 24 mois pour l'un des Boeing 737-700. L'appareil toujours immobilisé continuait notamment de générer des charges d'assurance et d'amortissement.
L'exploitation des trois appareils remis en service a permis de retrouver un chiffre d'affaires annuel moyen d'environ 19 milliards de FCFA, mais ce niveau reste insuffisant pour atteindre la rentabilité. La Chambre des comptes souligne par ailleurs que l'absence de comptabilité analytique empêche de déterminer la taille critique de flotte nécessaire à l'équilibre d'exploitation.
Pour compenser l'insuffisance d'appareils disponibles, Camair-Co recourt structurellement au " wet lease ", qui comprend l'avion, l'équipage et la maintenance. Or, selon l'audit, " c'est un mode normalement exceptionnel et réservé à des besoins ponctuels ", comme le remplacement temporaire d'un appareil, les pics saisonniers ou l'ouverture de nouvelles lignes. Les pratiques du secteur privilégient davantage le " dry lease ", moins coûteux. La direction générale invoque un environnement défavorable à la conclusion de ce type de contrats.
La relance de 2020 n'a pas produit le redressement attendu
En juillet 2020, le chef de l'État avait prescrit l'élaboration d'un plan global de restructuration, de relance et de développement, avec notamment l'ouverture de 51 % du capital à un partenaire stratégique privé. Mais la Chambre des comptes constate que " ce plan global n'a jamais été élaboré conformément aux instructions présidentielles ". Seules des actions partielles ont été engagées.
La restauration des capitaux propres devait notamment passer par le transfert des actifs de l'ex-Camair, la reprise d'une dette de 127,2 milliards de FCFA et l'apport de ressources permettant de rétablir l'équilibre d'exploitation. Les actifs transférés n'avaient toutefois pas encore été intégrés en comptabilité. L'État, par l'intermédiaire du ministère des Finances, avait repris 86,79 milliards de FCFA de dettes, ce qui avait permis d'améliorer les capitaux propres, passés de -118,2 à -44,6 milliards à fin 2022. Les formalités juridiques n'étaient cependant pas totalement achevées.
L'audit relève également l'absence de subvention d'exploitation et d'augmentation de capital en numéraire au cours de la période examinée. Le licenciement de 189 salariés a fait passer la masse salariale de 6,6 à 3,5 milliards de FCFA entre 2019 et 2023, sans empêcher les pertes de rester comprises entre 13 et 16 milliards par an. La Chambre des comptes conclut que les actions engagées sont " partielles et insuffisamment coordonnées ".
Les exercices suivants montrent une amélioration, mais sans rupture avec cette dépendance. En 2024, la perte nette atteint 5,5 milliards de FCFA, puis 4,7 milliards en 2025, soit 851 millions de moins. Dans le même temps, les subventions d'exploitation progressent de 4,9 à 6,9 milliards de FCFA, en hausse de 38,7 %. Le rapport financier de la compagnie présente ce soutien comme " l'un des principaux soutiens de l'activité en 2025 ".
Le chiffre d'affaires passe parallèlement de 22,7 à 24,5 milliards de FCFA. Les capitaux propres restent néanmoins négatifs à 5,5 milliards et les créances clients progressent de 12,7 à 21,1 milliards.
Perton Biyiha
Publié le 17/08/26 16:30
La Rédaction
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