Financer la transition, stabiliser les revenus, sécuriser le foncier et aligner les politiques publiques sur les incitations économiques. Ce sont les quatre priorités identifiées par Forêts et Développement Rural (FODER) dans une note stratégique publiée en août 2026. Pour cette association camerounaise spécialisée dans la gouvernance des ressources naturelles et le développement durable, la mise en conformité du cacao avec les exigences européennes ne doit pas se limiter à une contrainte supplémentaire. Elle doit aussi servir à rééquilibrer une filière dont les producteurs captent une faible part de la valeur créée.
Le premier enjeu est celui du financement. FODER plaide pour un accès élargi au crédit, un financement dédié aux coûts de mise en conformité et des mécanismes de mutualisation des dépenses de traçabilité. L'organisation recommande également des prix plus prévisibles, des incitations liées à la qualité et davantage de transparence dans la formation des prix. Ces mesures doivent permettre aux exploitations familiales de mieux absorber les fluctuations du marché mondial.
Le renforcement des producteurs constitue le deuxième axe. FODER appelle à consolider les coopératives, à améliorer leur pouvoir de négociation et à leur ouvrir des marchés plus rémunérateurs. La sécurisation des parcelles, la diffusion de bonnes pratiques agricoles et l'adaptation au changement climatique complètent ces recommandations, avec la préservation des écosystèmes forestiers comme exigence.
Mais le principal levier de transformation reste, selon l'organisation, la transformation locale du cacao en beurre, en poudre et en chocolat. Tant que les fèves brutes dominent les exportations, une part importante de la valeur ajoutée échappe au pays. Développer ces activités permettrait de créer des emplois, de réduire la dépendance aux cours internationaux et de mieux rémunérer les producteurs, notamment en limitant le nombre d'intermédiaires.
FODER envisage trois trajectoires pour la filière. Dans la première, la durabilité reste une contrainte subie, avec des coûts élevés et des bénéfices limités pour le producteur. Dans la deuxième, elle est compensée par des primes, un financement dédié et des marchés stables. La troisième, jugée optimale, intègre la durabilité dans une chaîne de valeur davantage transformée localement, avec une répartition plus équitable de la richesse créée.
Des prix en forte baisse
Ces propositions interviennent alors que la filière traverse un retournement marqué. La note rappelle qu'un kilogramme de fèves se négociait entre 5 000 et 6 000 FCFA durant la campagne 2023-2024. Depuis mars 2026, les prix observés dans les principaux bassins de production sont tombés entre 800 et 1 500 FCFA le kg.
Les données de l'Office national du cacao et du café (ONCC) confirment ce recul. Entre août 2025 et juillet 2026, la production commercialisée s'est établie à 247 914 tonnes, soit une baisse de 19,9 % par rapport au précédent record. Les exportations ont chuté de 34,65 %, à 125 469 tonnes. Leur valeur FOB s'est effondrée de 59 %, passant de 1 410,9 milliards de FCFA à 580,4 milliards de FCFA.
C'est dans ce contexte que se profile l'application du règlement européen sur la déforestation (RDUE). Adopté en 2023, ce texte est déjà entré en vigueur juridiquement. Ses obligations principales s'appliqueront toutefois aux grands et moyens opérateurs à partir du 30 décembre 2026, après plusieurs reports.
Le règlement impose que le cacao commercialisé sur le marché européen ne provienne pas de parcelles déboisées après le 31 décembre 2020, qu'il respecte la législation du pays de production et qu'il soit traçable jusqu'à la parcelle géolocalisée. Pour la filière camerounaise, cette mise en conformité implique notamment de financer la géolocalisation des plantations, la collecte de données, la certification et l'adaptation des pratiques agricoles. FODER identifie ces dépenses comme des coûts supplémentaires.
L'organisation résume le déséquilibre actuel par une formule : les producteurs sont des " price takers " et non des " price makers ". Autrement dit, ils subissent les prix du marché sans disposer d'un pouvoir suffisant pour les influencer. Sans les réformes proposées, avertit FODER, le RDUE risque de renforcer cette dépendance, au lieu de devenir un levier de transformation pour la filière.
Claude Paul Tjeg
Publié le 07/09/26 16:02
La Rédaction
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