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Cameroun : Le FMI table sur une croissance de 3,3% en 2026, mais alerte sur la fragilité des finances publiques

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L'économie camerounaise continue d'afficher une certaine capacité d'absorption des chocs extérieurs. Mais derrière cette stabilité apparente, les équilibres budgétaires se détériorent, au moment même où les marges de manœuvre financières se réduisent. Les conclusions du Fonds monétaire international, rendues publiques le 30 mars 2026 à Washington à l'issue des consultations au titre de l'Article IV, dessinent une trajectoire plus fragile qu'il n'y paraît. En 2025, la croissance s'établit à 3,1 %, un niveau inférieur aux anticipations initiales.

Selon les services du Fonds, les perturbations liées au cycle électoral ont freiné plusieurs segments de l'économie, en particulier le commerce, les services et l'investissement. Dans le même temps, l'inflation s'est modérée à 3,4 %, portée par un ralentissement des prix alimentaires et des coûts de transport. Cette relative stabilité macroéconomique masque toutefois une dégradation plus marquée du côté des finances publiques.

Les estimations préliminaires du FMI indiquent un déficit primaire non pétrolier de 2,6 % du PIB en 2025, alors que l'objectif fixé se situait à 1,4 %. Dans son analyse, le Fonds attribue cette dérive à une mobilisation insuffisante des recettes hors pétrole, combinée à une progression des dépenses courantes qui échappe au cadrage budgétaire initial. Le compte courant suit une trajectoire similaire. Le déficit extérieur s'est creusé à 3,9 % du PIB en 2025, sous l'effet notamment du recul des recettes pétrolières à l'exportation. Cette évolution intervient dans un contexte de dépendance structurelle aux matières premières, dont les prix restent volatils.

Le diagnostic du FMI met en avant une série de risques susceptibles d'amplifier ces fragilités. La remontée des taux d'intérêt à l'échelle internationale et des conditions de financement plus restrictives compliquent l'accès aux ressources, alors que des échéances importantes de remboursement approchent. Dans ce contexte, les administrateurs du Fonds recommandent de privilégier les financements concessionnels et de limiter le recours à des emprunts commerciaux jugés coûteux. Ils insistent également sur la nécessité d'intégrer un plan d'apurement des arriérés dans une stratégie de financement crédible à moyen terme.

Les tensions budgétaires pourraient en outre s'accentuer en cas de réduction des flux d'aide extérieure. À cela s'ajoutent des risques internes et régionaux, notamment les défis sécuritaires et climatiques, ainsi que les incertitudes qui entourent la situation économique de la CEMAC. Le Fonds souligne aussi que les gains attendus sur les recettes pétrolières seraient en partie absorbés par les subventions, du fait du maintien de prix administrés à la pompe. Cette situation alimente, selon l'institution, la nécessité d'un mécanisme automatique de fixation des prix des carburants, accompagné de mesures ciblées pour les populations les plus vulnérables.

Réformes attendues sous surveillance renforcée

Au-delà du constat, les administrateurs appellent à un ajustement plus rigoureux de la politique budgétaire. Ils plaident pour un renforcement de la mobilisation des recettes, une meilleure maîtrise des dépenses et une amélioration de l'efficacité de l'investissement public. La question de la dette occupe une place centrale dans leurs recommandations. Dans un contexte de risque élevé de surendettement, ils mettent en garde contre l'accumulation de nouveaux engagements financiers sans stratégie claire.

Le secteur financier fait également l'objet d'une attention particulière. Le niveau élevé des créances douteuses et les liens étroits entre l'État et les banques sont perçus comme des facteurs de vulnérabilité. Le FMI appelle à renforcer la gouvernance des établissements publics et à faire preuve de prudence face à l'extension de la présence de l'État dans le système bancaire.

Au Cameroun, les perspectives pour 2026 tablent sur un léger rebond de la croissance à 3,3 %, soutenu notamment par l'investissement public. À moyen terme, l'essor attendu du secteur minier pourrait porter la croissance à 4,6 %. Mais ces projections restent conditionnées à la capacité des autorités à restaurer des marges budgétaires et à réduire les déséquilibres accumulés. Dans son évaluation, le Conseil d'administration du FMI insiste enfin sur la nécessité d'accélérer les réformes structurelles, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de climat des affaires, afin de soutenir une croissance davantage tirée par le secteur privé.

Le diagnostic du FMI intervient alors que le cadre de coopération entre le Cameroun et l'institution de Bretton Woods est en transition. Le précédent programme s'est achevé en juillet 2025. Depuis, les autorités ont engagé des discussions en vue d'un nouvel accord. Lors du sommet extraordinaire de la CEMAC tenu à Brazzaville le 22 janvier 2026, les chefs d'État ont insisté sur la nécessité de maintenir des programmes avec le FMI pour contenir l'érosion des réserves de change, mises sous pression par la baisse des recettes d'exportation et la hausse des sorties de devises.

Dans ce contexte, la tenue des consultations au titre de l'Article IV constitue un signal fort. Sans préjuger d'un accord formel, ce type d'évaluation permet au Fonds d'actualiser son diagnostic, de mesurer la crédibilité des engagements budgétaires et, le cas échéant, de préparer le terrain à un nouveau programme.

Perton Biyiha

Publié le 31/03/26 12:14

La Rédaction

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