Le Cameroun peine à transformer les financements de la Banque africaine de développement (BAD) en dépenses effectives sur le terrain. Alors que le portefeuille actif de l'institution atteint désormais 1 629,24 milliards de FCFA, le taux de décaissement cumulé demeure limité à 26 %, selon les conclusions de la mission conjointe de revue du Document de stratégie pays (DSP), présentées le 14 juillet 2026 à Yaoundé. Adopté en juillet 2023, ce document fixe les priorités d'intervention de la BAD au Cameroun pour la période 2023-2028.
Concrètement, seuls 423,6 milliards de FCFA environ ont été effectivement décaissés, tandis que près de 1 205,6 milliards de FCFA restent encore à verser. " La performance du portefeuille, bien qu'en amélioration, demeure faible. Les délais de signature et de mise en vigueur des nouvelles opérations restent longs. La planification de la libération des fonds de contrepartie demeure insuffisante et les rapports d'audit sont transmis avec des retards dépassant les standards attendus ", souligne la mission conjointe.
Ces difficultés ralentissent le déblocage progressif des financements, les décaissements étant conditionnés à l'avancement des projets ainsi qu'au respect des procédures prévues dans les accords de financement. Les projets d'infrastructures de transport, d'énergie, d'agriculture ou encore du secteur social progressent ainsi à un rythme inférieur aux prévisions lorsque ces exigences ne sont pas remplies.
Malgré ce constat, la Banque relève une amélioration sur l'un de ses principaux indicateurs de suivi. Selon le communiqué, " le taux d'instruments financiers classés en alerte rouge est passé de 48 % en février 2026 à 26 % à la mi-juillet 2026, grâce à un suivi renforcé fondé sur un plan d'action tripartite associant le secteur, la région et les unités de gestion des projets, ainsi que sur des réunions de suivi organisées à un rythme trimestriel, mensuel, voire hebdomadaire ". Ce résultat rapproche le portefeuille camerounais de l'objectif institutionnel fixé à 25 %.
Accélérer les décaissements
Afin d'accélérer l'exécution des projets, la mission recommande également un recours accru aux Actions anticipées d'acquisition (AAA), qui permettent de préparer les procédures de passation des marchés avant même l'entrée en vigueur des financements. Elle préconise aussi un renforcement des capacités des unités de gestion des projets.
Dans le même esprit, la BAD annonce des ajustements de ses propres procédures afin de réduire les délais de traitement. L'institution prévoit notamment de ramener à 21 jours le délai de délivrance des avis de non-objection, contre des délais auparavant jugés excessivement longs.
Ces difficultés d'exécution contrastent toutefois avec la progression continue des engagements financiers de la Banque en faveur du Cameroun. Selon les données de la BAD, les engagements sont passés de 1 226,19 milliards à 1 603,59 milliards de FCFA depuis le lancement de la mise en œuvre du DSP. Parallèlement, l'accès du pays aux ressources du guichet BAD est passé de 273,25 milliards de FCFA par an en 2023 à 429,39 milliards de FCFA par an en 2026. Huit nouveaux projets, représentant 833,8 milliards de FCFA, ont déjà été approuvés sur les onze prévus dans le cadre du document stratégique, qui tablait sur 1 227,47 milliards de FCFA d'engagements sur l'ensemble de la période.
Le portefeuille en cours demeure largement concentré sur quelques secteurs clés. Les transports absorbent 53,83 % des ressources, devant l'énergie (22,32 %), l'agriculture (10,8 %) et le secteur social (9,19 %). À eux seuls, ces quatre secteurs concentrent plus de 96 % des financements en cours.
Depuis sa première intervention au Cameroun, le 22 novembre 1972, le Groupe de la Banque africaine de développement indique avoir approuvé 130 prêts et dons en faveur du pays, pour un montant cumulé d'environ 3 345 milliards de FCFA.
Perton Biyiha
Publié le 15/07/26 17:59
La Rédaction
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CEMAC