Le Cameroun projette une croissance de 3,5 % en 2026, de 3,6 % en 2027 et de 4,8 % en 2028. Cette trajectoire, présentée dans le Rapport sur l'économie camerounaise en 2025 du ministère de l'Economie de la planification et de l'aménagement du territoire (MINEPAT), repose principalement sur la progression du secteur non pétrolier, dont la croissance passerait de 4,0 % en 2026 à 4,6 % en 2028.
Les télécommunications, les banques et le BTP devraient notamment soutenir cette dynamique. L'investissement suivrait également cette tendance, passant de 19,4 % du PIB en 2026 à environ 20 % en 2027 et 2028. Cette trajectoire reste toutefois exposée à six risques, dont deux sont jugés élevés : la dégradation climatique et l'accroissement de la dette publique.
Le premier risque tient à la demande extérieure. La zone euro, la Chine et le Nigeria constituent des débouchés importants pour les exportations camerounaises, dans un contexte marqué par les conflits, la fragmentation du commerce mondial et le durcissement des politiques commerciales. Le rapport estime qu'" une baisse de 0,3 point de PIB de l'activité dans la zone euro pourrait entraîner une diminution de 0,4 à 0,6 point de PIB des exportations camerounaises ".
Un tel choc affecterait les exportations, les recettes douanières et, par conséquent, la croissance. Le gouvernement classe néanmoins ce risque à un niveau moyen. Pour en limiter l'impact, le MINEPAT recommande notamment de diversifier les débouchés au sein de la ZLECAf et d'accroître la transformation locale du cacao, du bois et du coton.
Le deuxième risque concerne l'inflation. Le scénario central prévoit une baisse de l'inflation, de 6,3 % en 2023 à environ 2,9 % en 2028. Cette désinflation pourrait toutefois être contrariée par une remontée des prix alimentaires et énergétiques mondiaux, une hausse des coûts de transport ou des mouvements de change. En 2025, les prix alimentaires ont progressé de près de 7 %, contre une hypothèse de 4 %. Une inflation supérieure à 3 % pèserait sur la consommation, la compétitivité des entreprises et l'accès au crédit. Le MINEPAT préconise notamment l'accélération du PIISAH et le renforcement des capacités de stockage stratégique.
Climat, financements et dette
Le troisième risque est climatique et figure parmi les plus préoccupants, avec une probabilité jugée élevée. L'agriculture représente près de 19 % du PIB et 45 % de l'emploi, tandis que l'hydroélectricité occupe une place importante dans le système électrique. Une sécheresse prolongée pourrait ainsi réduire les récoltes et la production hydroélectrique, notamment pendant les périodes d'étiage, y compris à Nachtigal.
À l'inverse, des pluies excessives pourraient provoquer des inondations dans l'Extrême-Nord et sur le littoral. " Les catastrophes climatiques peuvent entraîner des dépenses d'urgence non inscrites dans la loi de finances et détériorer la balance des paiements par une hausse ponctuelle des importations alimentaires ", relève le rapport. Pour réduire cette vulnérabilité, le MINEPAT propose notamment la création d'un fonds national de contingence climatique, le développement de l'assurance agricole indicielle et la diversification du mix énergétique.
À ces risques liés à l'activité réelle s'ajoutent ceux qui pourraient affecter les conditions de financement de l'économie. Le quatrième risque est ainsi financier. Une remontée des taux des grandes banques centrales ou une contraction des flux de capitaux pourrait compliquer le refinancement de la dette et renchérir le financement de l'économie. Dans le même temps, une baisse de la liquidité bancaire en CEMAC réduirait la capacité du marché régional à absorber les émissions de titres publics. Le rapport souligne que " l'arrimage du franc CFA à l'euro laisse peu de marges de manœuvre pour compenser ce type de choc par une expansion monétaire ".
Le MINEPAT identifie également le maintien du Cameroun sur la liste grise du GAFI comme un facteur de vulnérabilité supplémentaire. Un retard dans la mise en œuvre du plan d'action pourrait affecter les relations avec les correspondants bancaires, les transactions internationales et, plus largement, les investissements étrangers.
Le cinquième risque est celui de l'accroissement de la dette publique, également classé à probabilité élevée. Selon le MINEPAT, le ratio d'endettement, proche de 40 % du PIB à fin 2024, pourrait continuer à augmenter sous l'effet du déficit budgétaire et du recul des recettes pétrolières. Surtout, le poids du service de la dette pourrait fortement s'alourdir : il représentait 28,3 % des recettes internes hors dons en 2024 et pourrait dépasser 53,5 % en 2028. Une telle évolution réduirait les marges de manœuvre budgétaires pour financer l'investissement et les dépenses sociales. Le ministère recommande donc de renforcer la mobilisation des recettes hors pétrole, de privilégier les financements concessionnels et d'allonger les maturités de la dette.
Le sixième risque concerne enfin les partenariats public-privé (PPP). Présents notamment dans l'énergie, les routes et les infrastructures portuaires, ces montages peuvent exposer l'État à des garanties de revenus, des obligations de paiement, des risques de change ou encore des indemnités de résiliation. " Le recensement des passifs conditionnels reste incomplet ", reconnaît le rapport. Des difficultés simultanées sur deux ou trois grands PPP pourraient ainsi coûter 1,0 à 2,0 points de PIB aux finances publiques. Le MINEPAT préconise par conséquent un recensement exhaustif de ces engagements et l'intégration d'un scénario de stress PPP dans l'analyse de viabilité de la dette.
Claude Paul Tjeg
Publié le 03/09/26 11:27
La Rédaction
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