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Financement des startups : Pourquoi le premier chèque se fait de plus en plus rare

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En matière de capital-risque, un écosystème dynamique nécessite un flux continu de premiers chèques pour financer les startups technologiques en phase de démarrage et renouveler durablement le tissu entrepreneurial. Pourtant, le paysage actuel en Afrique montre une réalité bien différente.

Tandis que le continent a mobilisé 1,36 milliard USD au premier semestre 2026, affichant un volume financier global apparemment stable, la structure interne de ces investissements révèle un essoufflement à la base. Les données tirées de la plateforme "Africa: The Big Deal" indiquent que le nombre d'entreprises africaines ayant réuni au moins 100 000 USD est passé de 254 au premier semestre 2025 à seulement 190 au premier semestre 2026, atteignant son niveau le plus bas depuis 2021. Plus préoccupant encore, les opérations situées entre 100 000 et 1 million USD ont chuté de 179 à 100 en l'espace de six mois seulement.

Paradoxe de marché

Face à ce constat, un contraste frappant émerge sur le marché. Pendant que la maturité technologique et l'essor de l'intelligence artificielle (IA) réduisent considérablement les coûts et les délais de création d'entreprise, le financement initial nécessaire au lancement ne cesse de s'éroder. Un paradoxe que Grégoire de Padirac, directeur général de Digital Africa, décrypte dans une tribune intitulée "Le premier chèque manquant : pourquoi le financement pré-amorçage africain ne cesse de diminuer".

Analysant cette problématique, il rappelle que "le nombre de startups entrant sur le marché grâce à un ticket de 100 000 USD à 500 000 USD est passé de 377 en 2021 à 170 en 2025, soit une baisse de 55 % sans reprise". Il fait également remarquer que la question pertinente n'est pas de savoir si l'écosystème fonctionne de manière absolue, mais plutôt ce que cette contraction de l'amorçage révèle de ses lacunes structurelles, précisant d'emblée que l'Afrique ne souffre pas d'un manque d'ambition ni de talent, mais d'un resserrement critique de l'accès aux premiers chèques.

Concentration de capitaux

L'explication intuitive attribue souvent l'érosion des financements en amorçage à l'attraction exclusive exercée par l'IA, supposée monopoliser l'attention des investisseurs. Or, l'analyse approfondie des flux montre une dynamique différente. "Elle [l'IA] absorbe une part importante des investissements d'amorçage, mais le mécanisme qui prive les jeunes pousses de financement réside dans le fait que l'argent transite désormais par un nombre réduit de fonds, investit dans un nombre plus restreint d'entreprises, et ce, par des chèques plus importants, au détriment des nombreux petits tours de table qui constituent le pipeline", nuance Grégoire de Padirac.

La baisse résulte ainsi d'une concentration mondiale des capitaux, captés en majorité par de grands fonds internationaux qui privilégient les transactions tardives d'envergure au détriment des phases de démarrage à plus fort risque.

"Philippe Aghion a démontré que chaque révolution technologique, de la vapeur à l'électricité, puis à l'informatique et maintenant à l'IA, débute par une concentration de la valeur entre les mains de ceux qui sont capables de mobiliser d'importants investissements fixes, décourageant ainsi l'arrivée de nouveaux acteurs", analyse le dirigeant.

Un écosystème plutôt fragile

Puis il ajoute : "La concentration est la marque d'une phase, non d'un dysfonctionnement. C'est précisément pourquoi on ne peut la laisser sans surveillance en Afrique : si cette phase est universelle, la capacité à y survivre ne l'est pas. Les écosystèmes matures traversent un cycle de concentration grâce à des mécanismes d'amortissement construits au fil des décennies. L'Afrique entre dans celui-ci sans ces mécanismes."

Interrogeant la spécificité de la crise sur le continent, il insiste : "Si la contraction est mondiale, pourquoi s'inquiéter davantage pour l'Afrique ? Parce que d'autres écosystèmes absorbent le choc grâce à des structures que l'Afrique n'a pas encore mises en place."

D'autres obstacles viennent amplifier cette vulnérabilité. En Afrique, la part des subventions et financements non dilutifs dans l'amorçage s'est fortement contractée. Parallèlement, la complexité des cadres juridiques régionaux, le manque d'instruments financiers harmonisés et la faible implication des investisseurs institutionnels locaux restreignent la disponibilité des ressources souveraines.

Risque de rupture générationnelle

Cet assèchement financier précoce entraîne des répercussions directes et durables sur l'ensemble de la chaîne de valeur entrepreneuriale. Les jeunes entreprises ayant réussi à obtenir un premier ticket ont désormais une probabilité nettement plus faible de franchir les étapes suivantes. Les données de suivi montrent que la proportion d'entreprises d'une cohorte parvenant à lever plus d'un million de dollars trois ans après leur lancement s'est effondrée de plus de moitié entre les promotions 2021 et 2022, s'établissant à seulement 8 % pour la cohorte 2022, contre 18 % un an plus tôt.

De ce constat, Grégoire de Padirac tire une conclusion sans appel : une cohorte initiale dégarnie ne peut générer de futurs champions, car l'on ne peut espérer améliorer le taux de transformation d'entreprises qui n'ont jamais reçu leur premier financement. La diminution des créations financées aujourd'hui réduit inévitablement le réservoir des réussites technologiques de demain.

Leviers d'amorçage

Pour inverser cette tendance et éviter une rupture générationnelle, la mise en place de réponses institutionnelles adaptées s'impose. Pour le directeur général de Digital Africa, la solution réside notamment dans le déploiement stratégique de capitaux publics sous forme de levier pour catalyser l'investissement privé. Il devient impératif, selon lui, d'activer un capital public capable d'assumer les risques initiaux les plus élevés et d'absorber les premières pertes pour rassurer les acteurs privés.

La mobilisation progressive des fonds de pension locaux, la modernisation des cadres légaux régionaux et le développement du co-investissement permettront de reconstruire les bases solides dont l'écosystème africain a urgemment besoin, au risque, sinon, de passer à côté d'innovations de rupture au moment même où d'autres régions du monde consolident leur emprise sur l'écosystème mondial des startups technologiques.

Anselme Akéko

Publié le 03/09/26 14:39

La Rédaction

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