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Port sec de Ferkessédougou : 5 ans après son lancement, où en est le projet à 254 milliards FCFA ?

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Cinq ans après son lancement, le port sec de Ferkessédougou est toujours en construction. Mais le projet, longtemps attendu comme un futur maillon essentiel de la chaîne logistique ivoirienne, commence désormais à prendre forme.

Image utilisée à titre d'illustration

Lancé en mai 2021 avec l'ambition de devenir la grande plateforme logistique du Nord ivoirien et un relais stratégique du port d'Abidjan vers les pays de l'hinterland, le port sec de Ferkessédougou est encore en chantier. Alors que son taux d'exécution dépasse désormais 30%, le projet au coût initial de 254,17 milliards FCFA entre dans une phase décisive. Entre ambitions logistiques, développement industriel du Nord et nécessité de respecter les délais, où en est réellement cette infrastructure présentée comme l'une des futures locomotives économiques de la Côte d'Ivoire ?

En visite sur le chantier le 28 août dernier, le ministre ivoirien des Infrastructures et de l'Entretien routier, Yacouba Hien Sié, a pu constater l'avancement des travaux. Les travaux de terrassement sont largement engagés, plusieurs bâtiments sortent de terre et certains entrepôts arrivent en phase de finition, selon une note du ministère ivoirien en charge des Infrastructures publié ce 29 août. Les fondations des futurs dépôts d'hydrocarbures ont également démarré. Une progression qui marque une nouvelle étape pour un projet qui devait initialement être réalisé dans un délai de 30 mois.

De 732 à 1 432 hectares, un projet qui voit plus grand

Le port sec de Ferkessédougou a été conçu dès l'origine comme une infrastructure de grande ampleur. Le site couvre actuellement 732 hectares et doit accueillir une plateforme multimodale destinée à recevoir, stocker et redistribuer les marchandises en provenance notamment du port autonome d'Abidjan. Le premier lot représente à lui seul 254,171 milliards FCFA. Il est réalisé sous maîtrise d'ouvrage publique par le groupe chinois Complant LTD et financé à hauteur de 15% par l'État ivoirien et de 85% par un pool de banques chinoises conduit par l'ICBC.

Mais les ambitions foncières du projet viennent désormais de changer d'échelle. Pour anticiper les besoins futurs et éviter que l'urbanisation de Ferkessédougou ne vienne contraindre les possibilités d'extension, le ministre a demandé que soient engagées des démarches en vue de sécuriser 700 hectares supplémentaires. Ainsi, à terme l'emprise pourrait atteindre 1 432 hectares. Cette volonté d'anticipation traduit un changement de perspective, en ce sens que le Port sec n'est plus seulement envisagé comme une infrastructure de transit, mais comme un véritable pôle économique et industriel régional.

Désengorger Abidjan et rapprocher le Sahel

L'un des principaux objectifs du projet demeure inchangé : réorganiser les flux de marchandises entre le Sud et le Nord de la Côte d'Ivoire et améliorer la desserte des pays enclavés de l'hinterland. Installé à environ 600 kilomètres d'Abidjan, Ferkessédougou bénéficie d'une position stratégique à proximité des grands corridors commerciaux en direction du Burkina Faso et du Mali. La plateforme doit notamment s'appuyer sur la ligne ferroviaire Abidjan-Ouagadougou pour assurer une partie importante du transport des marchandises.

L'idée est de créer un circuit logistique plus court, permettant aux marchandises débarquées dans les ports ivoiriens d'être acheminées vers le Nord avant d'être redistribuées vers les marchés sahéliens. Pour Abidjan, l'enjeu est également urbain. Une partie des activités logistiques actuellement concentrées dans la capitale économique pourrait progressivement être déplacée vers Ferkessédougou. ‘'Décongestionner la ville d'Abidjan grâce à une zone logistique aussi importante que le Port sec de Ferké, c'est un atout majeur pour l'économie ivoirienne'', a souligné Yacouba Hien Sié. Le projet pourrait ainsi contribuer à réduire la pression exercée sur les infrastructures portuaires, routières et urbaines d'Abidjan, tout en renforçant l'attractivité du port ivoirien face à la concurrence régionale.

Un port sec, mais aussi une plateforme industrielle

C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes dans la conception du projet. Ferkessédougou ne doit pas être uniquement un point de stockage ou de transit des marchandises. Le site doit également accueillir un dépôt d'hydrocarbures d'une capacité de 61 000 m³, un terminal d'import-export, un marché à bétail et un abattoir régional. Une zone industrielle doit par ailleurs permettre l'installation d'activités de transformation, notamment dans l'agroalimentaire, le textile et les matériaux de construction.

Cette dimension industrielle est essentielle pour le Nord ivoirien. Elle doit permettre de faire du Port sec un outil de transformation économique plutôt qu'une simple infrastructure logistique. L'objectif est de favoriser l'installation d'entreprises à proximité des matières premières et des corridors de transport, de réduire les coûts logistiques et, surtout, de créer des emplois et de nouvelles activités économiques dans une région encore moins industrialisée que le Sud du pays.

La réalisation d'une infrastructure de cette dimension ne se limite pas aux travaux de génie civil. Elle implique également un important travail de sécurisation foncière et de gestion des impacts sociaux. L'État ivoirien a déjà mobilisé plus de 14 milliards FCFA pour les opérations liées aux droits coutumiers et à la réinstallation des populations affectées par le projet. Le succès du Port sec dépendra donc aussi de la capacité des autorités à maintenir un dialogue efficace avec les populations, les collectivités locales et les autres acteurs concernés. C'est dans cette perspective que le gouvernement souhaite désormais sécuriser les 700 hectares supplémentaires.

2028, nouvelle échéance à tenir

Après cinq années écoulées depuis le lancement du projet, la question du calendrier devient désormais centrale. Alors que le projet avait été annoncé initialement pour une réalisation en 30 mois, les travaux sont toujours en cours en 2026. Le gouvernement veut désormais accélérer leur exécution. Lors de sa visite, Yacouba Hien Sié a appelé les différents acteurs à respecter les délais et à améliorer la coordination autour du chantier.

La livraison des dépôts d'hydrocarbures est notamment attendue à la fin de l'année 2028. Cette échéance constitue désormais un nouveau point de référence pour mesurer la progression du projet. Le véritable test sera celui de la compétitivité. Au-delà du taux d'exécution des travaux, le véritable défi du port sec de Ferkessédougou sera sa capacité à transformer l'organisation logistique ivoirienne. Une infrastructure de 254 milliards de FCFA ne produira pleinement ses effets que si elle parvient à attirer les opérateurs logistiques, les industriels, les transporteurs et les entreprises de commerce régional.

Son efficacité dépendra également de la qualité de ses connexions ferroviaires et routières avec Abidjan, San Pedro et les pays de l'hinterland. La compétitivité du port sec ne pourra donc pas être dissociée de celle des corridors qui l'alimentent. L'équation est d'autant plus importante que la Côte d'Ivoire évolue dans un environnement régional où plusieurs plateformes portuaires, Lomé, Tema, Dakar ou encore Conakry, cherchent-elles aussi à capter les flux commerciaux à destination du Sahel. Ferkessédougou devra donc être suffisamment compétitif en matière de coûts, de délais, de fiabilité et de services pour convaincre les opérateurs de modifier leurs habitudes logistiques. Le défi des prochaines années sera triple : achever les infrastructures dans les délais, assurer leur connexion efficace aux corridors nationaux et régionaux, puis réussir à attirer autour du site les activités industrielles et commerciales nécessaires à sa rentabilité économique.

Publié le 03/09/26 14:13

Narcisse Angan

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