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CEMAC : Cameroun et Tchad dominent, le Gabon et la Guinée Équatoriale à la traîne d'une zone fragilisée par le déclin pétrolier

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Les économies de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) dessinent, sur la décennie 2020-2030, des trajectoires de croissance profondément asymétriques. Les données publiées en avril 2026 par le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) permettent de reconstituer une décennie complète de performances, pays par pays, révélant une zone à deux vitesses où la capacité de diversification hors hydrocarbures s'impose désormais comme le principal déterminant des classements.

Le Cameroun et le Tchad s'affirment comme les locomotives incontestées de la zone sur l'ensemble de la période. Le PIB nominal camerounais progresse de 23 469 milliards de FCFA (35,8 milliards de dollars) en 2020 à 34 593 milliards (52,7 milliards de dollars) en 2025, avec une projection à 47 675 milliards (72,7 milliards de dollars) en 2030, soit un doublement en dix ans. Sa croissance réelle, de 0,3 % en 2020 à 3,5 % en 2025 et 5,8 % projeté en 2030, repose sur un secteur non pétrolier solide, en expansion de 3,8 % en 2025. Le Tchad, dont le PIB nominal passe de 8 595 milliards de FCFA (13,1 milliards de dollars) en 2020 à 12 190 milliards (18,6 milliards de dollars) en 2025 avant d'atteindre 16 396 milliards (25 milliards de dollars) en 2030, affiche la progression en taux la plus soutenue de la zone avec 5,9 % de croissance réelle en 2025 et 5,7 % projeté en 2026.


En position intermédiaire, le Congo et la République centrafricaine offrent des profils contrastés mais orientés à la hausse. Le PIB nominal congolais progresse de 6 153 milliards de FCFA (9,4 milliards de dollars) en 2020 à 9 902 milliards (15,1 milliards de dollars) en 2025, avec une projection à 12 267 milliards (18,7 milliards de dollars) en 2030, porté par une croissance réelle qui s'accélère de -6,1 % en 2020 à 3,8 % en 2025 et 8,1 % attendu en 2030. La trajectoire reste néanmoins fragile, le compte courant basculant en déficit à -4,5 % du PIB en 2025 sous l'effet du recul des exportations pétrolières. La RCA constitue la surprise de la période. Son PIB nominal, encore modeste à 1 474 milliards de FCFA (2,2 milliards de dollars) en 2020, progresse à 1 890 milliards (2,9 milliards de dollars) en 2025 et pourrait atteindre 4 797 milliards (7,3 milliards de dollars) en 2030 selon le scénario de base, porté par une envolée de la production aurifère à 7 417 kg en 2025 contre 770 kg en 2024 et un compte courant redevenu excédentaire à 2,8 % du PIB.


Le Gabon et la Guinée Équatoriale ferment la marche, pris en étau entre l'épuisement de leurs réserves pétrolières et des ajustements budgétaires douloureux. Le PIB nominal gabonais stagne, passant de 9 484 milliards de FCFA (14,5 milliards de dollars) en 2020 à 13 254 milliards (20,2 milliards de dollars) en 2025, avant de progresser modestement à 17 316 milliards (26,4 milliards de dollars) en 2030, la trajectoire la plus plate des économies pétrolières de la zone. Sa croissance réelle chute à 1,1 % en 2026 après 4,0 % en 2025, avec un déficit budgétaire exceptionnel de 11,6 % du PIB et des réserves extérieures effondrées à 0,7 mois d'importations en 2025. La Guinée Équatoriale présente le tableau le plus préoccupant. Son PIB nominal, passé de 5 695 milliards de FCFA (8,7 milliards de dollars) en 2020 à 7 513 milliards (11,5 milliards de dollars) en 2025, est projeté en contraction à 7 494 milliards (11,4 milliards de dollars) en 2026, puis 7 638 milliards (11,6 milliards de dollars) seulement en 2029, reflet d'une croissance réelle négative de -3,1 % en 2026 et -3,0 % en 2027 liée à l'effondrement de sa production d'hydrocarbures, de 3,9 millions de tonnes en 2024 à 2,5 millions en 2026.


Au niveau consolidé, le PIB nominal de la CEMAC progresse de 54 870 milliards de FCFA (83,6 milliards de dollars) en 2020 à 79 342 milliards (120,9 milliards de dollars) en 2025, avec une projection à 106 309 milliards (162,1 milliards de dollars) en 2030 dans le scénario de base. La croissance réelle de la zone atteint 3,5 % en 2025 avant de refluer à 2,9 % en 2026, en léger retrait par rapport aux projections du FMI d'octobre 2025. La zone reste structurellement exposée au cycle pétrolier, et seuls le Cameroun et le Tchad semblent aujourd'hui engagés dans une trajectoire de croissance durablement affranchie de la rente.

Idrissa Diakité

Publié le 18/05/26 16:30

La Rédaction

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