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CEMAC : Du Congo au Gabon, le raffinage reste le maillon faible des pays pétroliers

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La nouvelle pénurie de carburant qui frappe Brazzaville évoque une situation qui dépasse largement les frontières du Congo. Depuis environ une semaine, de longues files de véhicules se forment devant les stations-service de la capitale, sur fond de panne signalée à la Congolaise de raffinage (CORAF) et de difficultés à compenser rapidement les volumes manquants par des importations. L'incident remet surtout en lumière un paradoxe régional. L'Afrique centrale compte plusieurs producteurs et exportateurs de pétrole brut, mais son appareil de raffinage reste trop fragile pour mettre leurs marchés intérieurs à l'abri des importations et des ruptures d'approvisionnement. Du Congo au Gabon, en passant par le Cameroun, le Tchad et la Guinée équatoriale, produire du pétrole ne garantit toujours pas de disposer localement de suffisamment de carburant.

Au Congo, la dépendance est directement mesurable. La CORAF, unique raffinerie actuellement en exploitation, dispose d'une capacité maximale de traitement d'environ 1 million de tonnes de brut par an. Selon le Fonds monétaire international (FMI), sa production couvre en moyenne 60 % de la consommation nationale annuelle, les 40 % restants étant assurés par les importations de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Le FMI évalue également à 45 % le rendement de la raffinerie, en partie en raison de la qualité du brut traité. Brazzaville tente toutefois de sortir de cette dépendance à un outil unique. Une deuxième raffinerie, portée par la société chinoise Beijing Fortune Dingheng Investment, est en construction à Pointe-Noire. Le FMI évoquait une capacité initiale de 1,5 million de tonnes par an, pouvant atteindre 5 millions à terme, et une entrée en service envisagée en 2026.

Le Gabon a engagé sa propre réponse industrielle. À Port-Gentil, la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), dont l'outil industriel remonte aux années 1960, doit être modernisée et agrandie. En avril 2026, Technip Energies a obtenu deux contrats d'ingénierie d'avant-projet détaillée portant sur le dégoulottage de la raffinerie existante et la construction d'un nouveau complexe modulaire d'hydrocraquage destiné à augmenter significativement ses capacités. Le programme prévoit également une nouvelle unité de traitement du kérosène, quatre nouvelles installations de stockage ainsi qu'une nouvelle infrastructure maritime. Le choix d'investir simultanément dans la modernisation, le stockage et l'augmentation des capacités montre que la question ne porte plus seulement sur la disponibilité du brut gabonais, mais sur la capacité du pays à le transformer localement en volumes suffisants de carburants répondant aux besoins de son marché.

Ailleurs dans la sous-région, la même fragilité prend des formes différentes. Au Cameroun, la SONARA n'a plus raffiné de pétrole depuis l'incendie du 31 mai 2019 qui a endommagé ses installations, laissant le pays dépendre des importations de produits finis en attendant sa réhabilitation. Au Tchad, la raffinerie de Djermaya, entrée en exploitation en 2011, a doté le pays d'une capacité nationale de transformation, sans supprimer pour autant toutes les tensions d'approvisionnement et les besoins d'importation pour certains produits. La Guinée équatoriale présente un autre cas : malgré plusieurs décennies d'exploitation pétrolière et d'importantes installations de transformation du gaz à Punta Europa, le pays ne dispose toujours pas d'une grande raffinerie de carburants opérationnelle comparable à celles du Congo, du Gabon ou du Tchad. Malabo a annoncé des projets de raffinage destinés à réduire cette dépendance, mais leur mise en service effective se fait attendre.

La panne de la CORAF apparaît donc comme le révélateur d'un déficit industriel régional. Mais elle montre aussi que les États ont commencé à réagir : le Congo construit une deuxième raffinerie, le Gabon prépare l'extension de la SOGARA et le Cameroun travaille à la réhabilitation de la SONARA. Reste désormais à transformer ces projets en capacités réellement disponibles. Pour ces pays producteurs pétroliers d'Afrique centrale, la souveraineté énergétique ne se mesure plus seulement au nombre de barils extraits ou exportés. Elle se mesurera surt à la capacité de transformer ce brut, de stocker suffisamment de produits finis et de maintenir les installations en fonctionnement. Sans cela, une région assise sur d'importantes réserves pétrolières restera exposée à ce paradoxe : exporter du pétrole brut tout en dépendant de l'extérieur pour faire rouler ses voitures.

Idrissa Diakité

Publié le 08/09/26 14:08

La Rédaction

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