Le spectre de la crise de la balance des paiements plane à nouveau sur la zone CEMAC. Alors que la région amorçait une phase de consolidation après les chocs de la Covid-19, l'institution de Washington vient de doucher les espoirs d'une sortie rapide des programmes d'ajustement. Dans ses dernières perspectives mondiales, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le continent à 4,3 % pour 2026, pointant du doigt les répercussions du conflit au Proche-Orient. Pour les pays de l'Afrique centrale, ce contexte se traduit par une pression accrue sur les comptes publics, accentuée par une baisse brutale de l'aide bilatérale qui aurait chuté de plus de 20 % en 2025 selon l'OCDE.
Face à cette érosion des marges de manœuvre budgétaires, les capitales de la sous-région se tournent tour à tour vers le "pompier des crises". Le Gabon a officiellement sollicité un nouveau prêt, marquant un tournant dans sa gestion de la transition, tandis que le Tchad et la République centrafricaine font l'objet de revues de programme rigoureuses. La Guinée équatoriale, de son côté, demeure sous la surveillance étroite des services du Fonds. Ce recours collectif n'est plus seulement une option de financement, mais une nécessité pour débloquer d'autres soutiens multilatéraux et crédibiliser les politiques de désendettement, notamment pour le Mozambique et le Zimbabwe en périphérie de la zone.
Le paradoxe de cette nouvelle vague de sollicitations réside dans le statut d'exportateurs d'hydrocarbures de la majorité de ces États. Si les cours du brut soutiennent théoriquement les recettes, l'inflation importée fragilise la stabilité sociale. La zone subit de plein fouet la désarticulation des chaînes d'approvisionnement et le tarissement des transferts de fonds. Pour la BEAC qui vient d'injecter 500 milliards pour soutenir la liquidité des banques de la région, ces programmes avec le FMI agissent comme un catalyseur pour stabiliser les réserves de change communes, garantissant ainsi la parité du Franc CFA face à un environnement international de plus en plus volatil.
Au-delà de l'urgence financière, le FMI rappelle que le potentiel de résilience de la zone repose sur des réformes structurelles profondes. Le Fonds estime que combler l'écart en matière de gouvernance et de régulation des affaires pourrait booster la production régionale de 20 % sur la prochaine décennie. Pour le Gabon et ses voisins, le défi de 2026 ne consistera pas uniquement à obtenir des décaissements rapides, mais à transformer ces contraintes extérieures en opportunités pour diversifier des économies encore trop dépendantes de la rente pétrolière et de l'aide étrangère.
Idrissa Diakité
Publié le 17/04/26 14:17
La Rédaction
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