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Commerce mondial : Les services pèsent 27% des exportations, mais les pays pauvres décrochent du numérique

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Le commerce mondial change de nature. Les services, longtemps considérés comme un complément aux échanges de biens, en constituent désormais l'un des principaux moteurs. Leur part dans les exportations mondiales est passée de 23% en 2015 à 27% en 2025, tandis que leur poids dans les consommations intermédiaires atteignait déjà 71% en 2022, selon le nouveau ‘'Point sur le commerce mondial'', publié ce 4 septembre par la CNUCED. Mais cette transformation profite très inégalement aux économies.

La fracture est particulièrement visible dans les services susceptibles d'être fournis à distance par voie numérique. Ces activités, qui englobent notamment les services financiers, informatiques, de télécommunications, de conseil ou encore d'ingénierie, ont progressé de 7,1% par an en moyenne au cours de la dernière décennie et représentent désormais 56% des exportations mondiales de services. Les pays les moins avancés restent pourtant largement en retrait ; leurs exportations de services n'ayant augmenté que de 3% par an sur la période et leur part dans les exportations mondiales de services est tombée à 0,6% en 2025.

Un décrochage numérique qui s'accentue

L'écart apparaît encore plus nettement dans la structure des exportations. Les services numériquement livrables représentent environ 61% des exportations de services des économies développées, contre seulement 16 % dans les pays les moins avancés. Ces derniers restent davantage dépendants des services traditionnels, notamment le transport et le tourisme, alors que les économies les plus avancées se positionnent sur des activités à plus forte valeur ajoutée et davantage fondées sur la connaissance.

Cette situation ne relève pas seulement d'un retard technologique. La connectivité demeure coûteuse et insuffisante, les systèmes de paiement transfrontaliers restent fragmentés et les déficits de compétences numériques limitent l'accès des entreprises aux marchés internationaux. À cela s'ajoutent des cadres réglementaires encore peu adaptés à l'économie numérique.

L'intelligence artificielle pourrait même accentuer cette divergence. Son déploiement exige des infrastructures informatiques puissantes, des données, des capitaux et une main d'œuvre hautement qualifiée, autant de ressources concentrées dans un nombre limité d'économies. Si elle promet des gains de productivité et une baisse des coûts, elle risque aussi d'automatiser certaines tâches peu qualifiées qui constituaient précisément une porte d'entrée pour les pays en développement dans les chaînes mondiales de services.

Le nouveau défi de la politique commerciale

À cette fracture productive s'ajoute une fragmentation des règles. Le cadre commercial multilatéral, largement conçu avant l'avènement de l'économie numérique, peine à suivre l'évolution des échanges de données et des services en ligne. L'échec de la 14e Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, en mars 2026, à prolonger le moratoire sur les droits de douane appliqués aux transmissions électroniques matérialise ces difficultés.

Dans le même temps, les accords régionaux et bilatéraux se multiplient. Sur les 487 accords commerciaux préférentiels signés entre 2000 et 2025, 55% comportent désormais des dispositions relatives au commerce électronique ou au commerce numérique. Cette multiplication des règles peut toutefois accroître la complexité pour les petites et moyennes entreprises, notamment dans les économies disposant de capacités institutionnelles limitées.

Pour les pays en développement, l'enjeu dépasse donc la seule construction d'infrastructures numériques. La CNUCED préconise simultanément de renforcer la production de données sur le commerce des services, d'améliorer la connectivité et les paiements numériques, de développer les compétences et de permettre une participation plus effective aux négociations qui façonnent les règles du commerce numérique. Sans ces leviers, l'essor des services risque moins de réduire les écarts de développement que de les déplacer vers le terrain technologique.

Publié le 09/09/26 09:45

Dr Ange Ponou

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