La Côte d'Ivoire franchit une étape clé dans son partenariat avec FMI. Les services de l'institution et les autorités ivoiriennes sont parvenus à un accord au niveau technique sur les dernières revues de plusieurs programmes majeurs au terme d'une mission d'évaluation ce 30 avril, ouvrant la voie à des décaissements cumulés d'environ 843,9 millions de dollars. Une validation qui consacre, au-delà des montants, la solidité du cadre macroéconomique et la crédibilité des réformes engagées.
" Les autorités ont atteint leurs principaux objectifs économiques avec succès, notamment la résorption des déséquilibres macroéconomiques, la contribution à la reconstitution des réserves régionales, et ont progressé dans la transformation économique ; ainsi que dans la mise en œuvre de leurs réformes d'adaptation et d'atténuation pour renforcer leur résilience climatique " indique l'institution dans un note publiée à l'issue de la mission.
Des financements pour soutenir une trajectoire maîtrisée
Concrètement, cet accord porte sur la sixième et dernière revue des programmes appuyés par le Mécanisme élargi de crédit (MEDC) et la Facilité élargie de crédit (FEC), ainsi que sur la cinquième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD).
Sous réserve de validation par le Conseil d'administration du FMI, deux décaissements sont attendus : 509,5 millions de dollars au titre des programmes MEDC/FEC et 334,4 millions de dollars au titre de la FRD
Ces instruments, souvent perçus comme techniques, répondent en réalité à une logique simple : accompagner les pays dans la stabilisation de leur économie, financer leurs réformes et renforcer leur capacité à faire face aux chocs, notamment climatiques.
Une discipline budgétaire saluée
L'un des points centraux de l'évaluation du FMI concerne la gestion des finances publiques. Sur ce plan, la performance ivoirienne est jugée solide. Grâce à une mobilisation accrue des recettes et à une meilleure maîtrise des dépenses, le déficit budgétaire a été ramené à 3 % du PIB en 2025, en ligne avec les critères de convergence de l'UEMOA.
Au-delà des chiffres, cette discipline s'appuie sur des réformes structurelles : consolidation du compte unique du Trésor, amélioration de la gestion de la trésorerie et renforcement de la gouvernance des entités publiques. Autant de leviers qui contribuent à sécuriser les finances de l'État et à rassurer les partenaires financiers.
Climat et réformes structurelles : un nouveau pilier
L'accord intègre également une dimension de plus en plus centrale dans les politiques économiques : la résilience climatique. Dans le cadre de la FRD, la Côte d'Ivoire s'est engagée sur plusieurs réformes concrètes, comme la mise en place d'un système d'assurance contre les aléas climatiques dans la filière coton, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'élaboration d'une stratégie de taxation carbone.
Cette orientation traduit une évolution des priorités : il ne s'agit plus seulement de stabiliser l'économie, mais aussi d'anticiper les risques structurels liés au climat, particulièrement critiques pour les économies africaines.
Une économie résiliente malgré un environnement incertain
Malgré les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, l'économie ivoirienne conserve des fondamentaux solides. La croissance est attendue à 6 % en 2026, après 6,5 % en 2025, un léger ralentissement lié à l'incertitude mondiale.
L'inflation, en revanche, devrait remonter à 3,3 %, sous l'effet de la hausse des prix internationaux de l'énergie et des intrants agricoles. Le déficit courant devrait également s'élargir, reflet d'un environnement extérieur moins favorable.
Dans ce contexte, la bonne tenue des exportations, notamment de pétrole et d'or, ainsi que l'accès aux marchés financiers internationaux ont permis de renforcer les réserves de change régionales, désormais équivalentes à environ huit mois d'importations.
Face aux risques externes, le FMI insiste sur un équilibre délicat : préserver la discipline budgétaire tout en protégeant les populations les plus vulnérables. Cela implique des mesures ciblées de soutien, mais aussi la poursuite des réformes fiscales.
L'objectif affiché est de porter les recettes fiscales de 14,9 % du PIB en 2025 à environ 18 % à moyen terme. Une progression essentielle pour financer les investissements publics, notamment dans les infrastructures et les secteurs sociaux, au cœur du Programme national de développement 2026-2030.
À moyen terme, les perspectives restent positives, souligne le FMI : une croissance moyenne attendue autour de 6,7 %, une inflation maîtrisée et un risque de surendettement jugé modéré.
Mais cette trajectoire reste conditionnée à un environnement international incertain, marqué par les tensions géopolitiques, les évolutions des politiques commerciales et la vulnérabilité aux chocs climatiques.
Publié le 04/05/26 11:41
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC