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Crise post-électorale au Cameroun : plus de 300 milliards FCFA de pertes pour l’État et les entreprises

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La crise post-électorale déclenchée au Cameroun à l'issue de la publication des résultats du scrutin d'octobre 2025 a provoqué un choc économique d'une ampleur rare, dont les effets immédiats se chiffrent à plus de 300 milliards de FCFA de pertes cumulées pour les entreprises et les finances publiques. C'est le principal enseignement d'une étude d'évaluation et de plaidoyer rendue publique par le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), fondée sur une enquête menée entre le 4 novembre et le 2 décembre 2025 auprès de 289 entreprises formelles à travers le pays.

Selon les données compilées par le patronat camerounais, la crise a entraîné une contraction moyenne de 33,5 % du chiffre d'affaires des entreprises interrogées. Cette baisse correspond à une perte directe estimée à 202,2 milliards de FCFA, soit environ 0,6 % du produit intérieur brut projeté pour l'année 2025. À elle seule, la ville de Douala concentre 160,5 milliards de FCFA de ces pertes.

Les répercussions sur les finances publiques sont tout aussi significatives. Le manque à gagner fiscal immédiat est évalué à 43,3 milliards de FCFA, principalement imputable à la chute des recettes de TVA et de l'impôt sur les sociétés. En cumulant les pertes déclarées par les entreprises et les recettes fiscales non perçues par l'État, le coût économique direct de la crise dépasse ainsi 245 milliards de FCFA. À ce montant s'ajoutent les dommages matériels recensés, estimés à 91,5 milliards de FCFA, portant l'addition globale à plus de 330 milliards de FCFA sur quelques semaines.

L'impact sectoriel apparaît fortement différencié. Les activités liées à l'hôtellerie et à la restauration enregistrent la plus forte contraction, avec une baisse moyenne de 53,4 % du chiffre d'affaires. La construction suit avec un recul de 44,6 %, tandis que l'industrie et l'énergie accusent une diminution de 39,8 %. Ces secteurs figurent parmi les plus exposés aux restrictions de circulation, aux fermetures administratives et à l'insécurité observées durant les épisodes de " villes mortes " du mois de novembre.

Les perturbations logistiques ont constitué l'un des principaux canaux de transmission de la crise. D'après l'enquête, 86 % des entreprises agricoles et 74 % des entreprises industrielles déclarent avoir subi des blocages majeurs dans l'acheminement des intrants et des marchandises. Ces ruptures ont contribué à une hausse généralisée des coûts d'exploitation. Les entreprises font état d'un taux d'inflation moyen observé de 20,1 % sur la période de crise, avec des pointes atteignant 32,5 % dans le secteur agricole.

Dans ce contexte, l'activité économique a été largement paralysée. Trois entreprises sur quatre, soit 75 % de l'échantillon, déclarent avoir connu un arrêt total de leurs activités à un moment donné entre la mi-octobre et début novembre 2025. Cette interruption brutale a provoqué un assèchement rapide de la trésorerie, mettant en difficulté une part significative du tissu productif formel.

Les tensions de liquidité se traduisent par une montée des risques de solvabilité. Selon le GECAM, 44 % des entreprises interrogées indiquent ne plus être en mesure d'honorer leurs obligations fiscales, 45 % leurs charges sociales et 40 % leurs échéances bancaires. Plus préoccupant encore, 30 % des entreprises déclarent une incapacité simultanée à faire face à ces trois catégories d'engagements, faisant peser un risque immédiat sur la continuité de leurs activités.

Les conséquences sociales de la crise sont déjà visibles. Près de 17,3 % des entreprises ont procédé à des réductions d'effectifs au cours de la période étudiée. Au-delà des suppressions d'emplois, 56 % des structures signalent une dégradation du climat social et du fonctionnement interne, marquée par des tensions managériales et une perte de confiance.

L'étude repose sur une enquête quantitative menée auprès de 289 entreprises, issues majoritairement de Douala, qui représente 78,2 % des répondants. Les PME dominent l'échantillon avec 56,1 %, devant les TPE (28,4 %) et les grandes entreprises (15,6 %). Cette enquête a été complétée par des entretiens qualitatifs menés auprès de 11 organisations professionnelles.

Perton Biyiha

Publié le 06/01/26 12:07

La Rédaction

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