Le gouvernement gabonais s'apprête à actionner un levier de financement encore inédit dans la zone CEMAC : l'épargne de sa diaspora. Sous l'impulsion du projet Profidga 360, une offensive stratégique sera lancée le 28 mars prochain à Paris, en marge de la présentation du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD). L'ambition est de transformer les flux de transferts de fonds, traditionnellement orientés vers la consommation courante, en un instrument financier capable de soutenir le Plan directeur (PNCD 2026-2030).
Le cœur technique de cette initiative réside dans la mutation de Profidga 360, d'ici deux ans, en une Société de Gestion et d'Intermédiation (SGI) agréée par la COSUMAF. Pour amorcer cette structuration, le véhicule doit mobiliser un capital initial de 300 millions FCFA. Accompagné par BGFIBourse, ce futur acteur du marché financier régional permettrait d'institutionnaliser l'apport des Gabonais de l'étranger, leur offrant une plateforme régulée pour investir directement dans l'économie réelle du pays tout en bénéficiant de rendements compétitifs.
L'enjeu est colossal face à une dette publique qui a franchi la barre des 8 500 milliards FCFA à fin novembre, soit environ 74,7 % du PIB à fin 2025. Si l'apport initial de 300 millions FCFA reste symbolique face à l'encours global, la stratégie vise avant tout le refinancement patriotique. En captant une partie de l'épargne des expatriés pour l'orienter vers l'achat de titres publics (BTA et OTA), Libreville cherche à réduire sa dépendance aux bailleurs internationaux et à la volatilité des marchés extérieurs, tout en améliorant la maturité de sa dette.
Par ailleurs, en s'inspirant des modèles réussis du Maroc ou de l'Éthiopie, le Gabon parie sur une nouvelle forme de souveraineté financière. Cette démarche, menée par Harold Ndong Mezui et Régis Eya'a, pourrait créer un précédent dans l'espace CEMAC, où l'inclusion financière de la diaspora demeure un défi majeur. A noter que ces fonds seront orientés vers des projets d'infrastructures prioritaires (écoles, santé, routes), pouvant potentiellement transformer chaque membre de la diaspora en un actionnaire direct de la transformation structurelle du pays.
Idrissa Diakité
Publié le 19/03/26 16:23
La Rédaction
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