Ehouman KALIFA, Directeur Général de l'Energie :
Nous avons une feuille de route visant à garantir l'accès à une énergie abordable, fiable, durable et propre
Alors que la Côte d'Ivoire renforce sa position dans le paysage énergétique ouest-africain, le pays franchit des seuils décisifs : plus de 3 000 MW de capacité installée, 95 % de couverture nationale et l'introduction du solaire dans son mix. Portée par une vision de souveraineté énergétique, la stratégie nationale repose à la fois sur une planification rigoureuse, une mobilisation croissante du secteur privé, et une volonté d'inclusion sociale forte. Dans cet entretien, EHOUMAN KALIFA, Directeur Général de l'Energie au ministère des Mines, du Pétrole et de l'Energie, dresse un état des lieux : progrès réalisés, défis structurels, ambitions à l'horizon 2030 et leviers mobilisés pour garantir à chaque Ivoirien un accès fiable, durable et abordable à l'électricité.
La Côte d'Ivoire a franchi le cap des 3 000 MW installés et amorcé une diversification de son mix énergétique. Où en est aujourd'hui le secteur électrique, aussi bien sur le plan de la couverture de la demande que de l'équilibre financier ?
Pour réaliser la vision du gouvernement qui est de faire de notre pays le hub énergétique de la sous-région ouest-africaine, le secteur de l'Énergie s'est doté de plusieurs plans directeurs depuis la production jusqu'à la distribution. Ces plans tiennent compte de l'évolution de la demande, aussi bien pour la consommation nationale que pour l'exportation.
La mise en œuvre de ces plans a permis aujourd'hui d'atteindre plus de 3 000 MW comme capacité du parc de production. Il faut noter avec satisfaction l'augmentation de la part de l'hydro avec la mise en service du barrage de Gribo-Popoli de 112 MW et surtout l'apparition, pour la toute première fois, du solaire dans le mix énergétique avec les phases 1 et 2 de Boundiali d'une puissance totale d'environ 65 MW.
Aujourd'hui, la demande nationale est pratiquement satisfaite, et des efforts sont en cours pour obtenir une bonne marge de réserve en vue de pallier d'éventuelles indisponibilités de certains groupes de production.
Sur le plan financier, les ajustements tarifaires successifs qui ont été faits ont permis de réduire considérablement le déficit pour atteindre aujourd'hui une proportion soutenable. D'autres mécanismes ont été adoptés en vue de réduire les charges d'exploitation, notamment l'optimisation du recours au combustible liquide qui est plus onéreux. L'appui de l'État au secteur nous a permis de faire face à nos engagements vis-à-vis de nos partenaires, à savoir les IPPs (producteurs indépendants, NDLR) et fournisseurs gaziers.
Le nombre d'abonnés en basse tension a fortement progressé, notamment grâce au Programme Électricité Pour Tous (PEPT) et à la politique de branchements classiques. Quels sont aujourd'hui les principaux impacts sociaux de cette extension de l'accès à l'électricité, en particulier pour les populations rurales et les couches vulnérables ? Disposez-vous d'indicateurs chiffrés sur la couverture nationale, la qualité du service et les tarifs pratiqués pour les ménages ?
En basse tension (BT), le nombre de clients a connu une progression de 13 % par rapport à 2023 pour s'établir à 4 580 256 abonnés au 31 décembre 2024. Cette dynamique provient principalement de l'intensification du PEPT (418 590 nouveaux branchements en 2024) et de la nouvelle politique commerciale sur les branchements classiques (avec plus de 100 000 nouveaux branchements classiques en 2024).
Il faut noter que l'intensification des branchements sociaux vient en appui du PRONER (Programme National d'Électrification Rurale), qui vise à électrifier toutes les localités du pays. Il fallait alors que les populations vivant dans les zones électrifiées soient toutes raccordées à l'électricité pour leur bien-être et pour soutenir leurs activités économiques. Ces branchements ont contribué à la création de certains petits emplois (moulin, ateliers de couture, ateliers de coiffure, commerce de produits et aliments réfrigérés ou congelés…), à accroître le taux d'alphabétisation, à améliorer les résultats scolaires des élèves…
Comme indicateurs, le PRONER, le PEPT et l'intensification des branchements classiques ont permis d'avoir, à fin 2024, un taux de couverture national de 95 %, un taux d'accès de 98,6 % et un taux de desserte de 71 %.
Les efforts d'amélioration de la qualité du service ont permis d'obtenir, à fin 2024, un Temps Moyen de Coupure (TMC) de 26,13 heures contre 29,36 heures en 2023.
Le tarif moyen de vente national, à l'issue des ajustements tarifaires opérés, est de 89 FCFA/kWh.
Avec une demande en forte hausse et une marge de réserve qui se resserre, la Côte d'Ivoire vise 100 % d'accès à l'électricité et 45 % de renouvelables dans le mix d'ici 2030. Quelles conditions clés doivent, selon vous, être réunies pour atteindre ces objectifs : en matière d'investissements, d'innovation et de partenariats public-privé ?
Actuellement, sauf survenance de pannes d'ampleur significative, donc d'aléas de production, la capacité implantée permet de couvrir la demande. En nous référant aux indicateurs du secteur à fin 2024, nous voyons clairement que nos objectifs fixés seront atteints.
Actuellement, sauf survenance de pannes d'ampleur significative, donc d'aléas de production, la capacité implantée permet de couvrir la demande.
À ce jour, la plupart des zones dites localités sont électrifiées. Il n'en reste plus que 5 % des 8 518 recensées. Aujourd'hui, l'objectif est d'électrifier le reste des localités, qui sont déjà programmées dans des projets, d'électrifier les campements et de faire l'extension du réseau de distribution dans les localités déjà électrifiées. À cet effet, des projets d'électrification des campements par mini-réseau à partir de petites centrales solaires isolées sont en cours. En plus, un plan directeur d'extension du réseau de distribution, incluant l'électrification des campements, est en cours de finalisation. La mise en œuvre de ce plan nous permettra d'obtenir l'accès universel à l'électricité à l'horizon 2030.
Nous parviendrons à l'accès universel à l'électricité à l'horizon 2030
Par ailleurs, la Côte d'Ivoire a élaboré son Pacte National Énergie, en collaboration avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, en vue d'accélérer le rythme d'accès à l'électricité et à la cuisson propre à l'ensemble de la population ivoirienne, avec une mobilisation accrue de financement. Ce document, aligné sur son Plan National de Développement et l'Objectif de Développement Durable (ODD) n° 7 des Nations Unies, constitue une feuille de route visant à garantir l'accès à une énergie abordable, fiable, durable et propre pour toute la population ivoirienne.
Nous avons une feuille de route visant à garantir l'accès à une énergie abordable, fiable, durable et propre pour toute la population ivoirienne.
La mise en œuvre de ce Pacte permettra l'atteinte de nos objectifs fixés, y compris avec la participation du secteur privé. Il faut noter que le secteur privé joue déjà un...
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Publié le 29/01/26 07:00
La Rédaction
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CEMAC
