L'ingénierie financière "verte" franchit un nouveau palier sur le continent. The Nature Conservancy (TNC) a confirmé être en négociations pour une enveloppe globale de 500 millions de dollars (environ 302,5 milliards FCFA) destinée à trois nations africaines dont le Gabon. Bien que les noms des deux nouveaux entrants restent confidentiels, les analystes pointent vers le Kenya et la Zambie, où TNC opère des programmes historiques, ou possiblement la République du Congo, qui a récemment manifesté son intérêt pour convertir une partie de sa dette extérieure de 5 milliards de dollars en financements climatiques pour le Bassin du Congo.
Pour le Gabon, cette dynamique vient consolider le succès de son opération pionnière d'août 2023. Le pays avait alors racheté 500 millions de dollars de sa dette euro-obligataire (échéances 2025 et 2031) pour les substituer par un "Blue Bond" à un taux plus avantageux, grâce à une garantie de la DFC américaine. Cette transaction doit générer 163 millions de dollars d'économies sur 15 ans, soit environ 5 millions de dollars par an directement injectés dans la conservation marine, tout en alimentant un fonds de dotation qui devrait atteindre 88 millions de dollars d'ici 2038.
L'urgence de ces mécanismes est accentuée par la dégradation des indicateurs de solvabilité dans la zone CEMAC. Le ratio d'endettement public du Gabon, estimé à près de 75 % du PIB fin 2024, dépasse désormais le plafond communautaire de 70 %. Dans un contexte de baisse des recettes pétrolières et de durcissement des conditions de marché, ces swaps offrent une voie de désendettement. En rachetant des titres décotés sur le marché secondaire, Libreville veut réduire son stock de dette nominal tout en allégeant le service de la dette pesant sur son budget.
Cette stratégie de finance de conservation devient un levier de crédibilité face aux agences de notation. Malgré les turbulences politiques de 2023, le Gabon a maintenu ses versements au fonds de conservation indépendant, prouvant la résilience du dispositif. Pour les futurs pays bénéficiaires, l'enjeu sera aussi de reproduire ce modèle pour protéger leurs actifs naturels tout en créant un espace budgétaire nécessaire pour soutenir une croissance attendue à 3,7 % en 2026, positionnant potentiellement le Gabon en tête de la zone CEMAC.
Idrissa Diakité
Publié le 24/03/26 12:14
La Rédaction
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