menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Financement climatique : La BAD identifie le Gabon comme terrain fertile pour les instruments verts et bleus

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 37h53min

La Banque africaine de développement (BAD) place le Gabon parmi les pays africains pour lesquels les instruments de financement climatique innovants constituent une voie de sortie du déficit de ressources. Dans sa note pays publiée dans les Perspectives Économiques en Afrique 2026, l'institution recommande au gouvernement gabonais de recourir à des "partenariats public-privé, garanties, lignes de crédit, obligations vertes et bleues, crédits carbone" pour financer le Plan national de croissance et de développement 2026-2030. Cette recommandation s'inscrit dans un contexte macroéconomique porté par un déficit budgétaire à 5,3 % du PIB en 2025, une dette souveraine portée à 78,9 % du PIB et une note dégradée en décembre 2025, le Gabon voit ses marges d'emprunt classiques se réduire structurellement.

L'intérêt de la BAD pour ces instruments ne se limite pas à la note Gabon. Le rapport consacre un développement analytique substantiel, à la valorisation du capital naturel africain comme source de financement. L'institution estime ainsi que "l'Afrique abrite environ 25 % de la biodiversité mondiale, plus de 20 % des forêts tropicales restantes et près de 60 % des terres arables non cultivées de la planète", ce qui "place le continent au cœur des marchés émergents du carbone, de la biodiversité et des données biologiques". Pour les économies forestières comme le Gabon, dont près de 88 % du territoire est couvert de forêt équatoriale, cette dotation représente un avantage comparatif directement monétisable, que les statistiques nationales ne reflètent pas encore.

Et la BAD chiffre précisément l'ampleur de ce potentiel sous-exploité. Selon le rapport, "la simple intégration des services de séquestration du carbone des forêts augmenterait la production mesurée en Afrique d'environ 66 milliards de dollars US par an, soit environ 2,2 % du PIB continental". Parallèlement, les transactions volontaires mondiales sur le carbone ont dépassé les 2 milliards de dollars en 2023, mais l'Afrique n'en a capté qu'une part limitée, en raison de "contraintes institutionnelles et de marché, notamment les coûts de certification, la fragmentation des projets et les asymétries de prix". Pour le Gabon, dont la production pétrolière recule de 2,9 % en 2025 et dont le secteur forestier s'est contracté de 23,7 % la même année, combler cet écart représente une opportunité de substitution de revenus à fort potentiel.

Sur les obligations bleues et les mécanismes côtiers, le rapport ouvre un autre angle. Il note que "les obligations bleues, les crédits carbone côtiers et les certifications de pêche durable permettent de monétiser ces services tout en préservant l'intégrité écologique", ajoutant que "ces marchés émergents du carbone, des biocrédits et du biodigital pourraient transformer le capital naturel de l'Afrique, le faisant passer d'un facteur passif à un secteur économique stratégique". La façade atlantique du Gabon, combinée à ses zones marines protégées, place le pays en position de bénéficiaire naturel de ces instruments, à condition que les cadres réglementaires, la vérification et les registres soient mis en place. Sur ce dernier point, le voisin camerounais a pris une longueur d'avance et "prévoit d'intégrer le marché du carbone" avec "un inventaire forestier national prévu pour 2026-28" et a lancé en avril 2025 le programme Global Green Bond.

La feuille de route tracée par la BAD pour le Gabon se décline en trois étapes successives : "mesurer adéquatement la valeur du capital naturel et l'intégrer aux statistiques économiques", puis "protéger le patrimoine naturel grâce à une meilleure planification des ressources", et enfin "monétiser la valeur du capital naturel par l'exploitation des marchés de l'environnement, du carbone et de la biodiversité". L'institution souligne que ces marchés "doivent être considérés comme des secteurs d'exportation nécessitant des infrastructures, des cadres réglementaires et des informations de marché adaptés". Pour Libreville, la compétition entre pays forestiers africains pour capter les flux de financement climatique est engagée, et le retard de structuration des registres carbone et des cadres REDD+ pourrait coûter au Gabon une fenêtre d'opportunité chiffrée en milliards de dollars.

Publié le 13/06/26 13:31

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

f9_1AeMPV_jXJNRLTTgES41lWXwej8xC3kFuR-8vYN0 False