La Côte d'Ivoire amorce une étape importante dans la modernisation de son architecture financière. Réuni ce 29 avril en Conseil des ministres, l'exécutif ivoirien a adopté deux projets de loi majeurs qui redessinent en profondeur le paysage bancaire et celui de la microfinance.
Une réforme d'ampleur, pensée pour accompagner les mutations technologiques, élargir l'accès aux services financiers et sécuriser un secteur encore exposé à des fragilités structurelles.
Une révolution du cadre bancaire
Premier pilier de cette transformation, le projet de loi portant réglementation bancaire introduit une véritable rupture. Aligné sur les standards de l'UMOA, le texte ‘'intègre les mutations récentes intervenues dans l'environnement bancaire régional'' et acte l'entrée de nouveaux acteurs dans le jeu financier.
Au cœur de cette réforme, une ouverture assumée vers l'innovation. Le gouvernement reconnaît explicitement ‘'l'impact du développement des nouvelles technologies'' et inscrit dans le droit bancaire ivoirien des acteurs jusqu'ici en marge du cadre légal. Les entreprises de technologie financière, les FinTech, font ainsi leur entrée officielle, aux côtés de nouveaux produits et services.
Plus significatif encore, le texte élargit le périmètre des opérations bancaires en intégrant la monnaie électronique et la finance islamique, deux segments en forte croissance sur le continent. Une évolution stratégique qui répond à un double impératif. D'un côté, capter le dynamisme des usages numériques et des paiements digitaux. De l'autre, favoriser l'inclusion financière en proposant des solutions adaptées à des populations encore peu bancarisées.
Inclusion financière et financement de l'économie en ligne de mire
Au-delà de l'innovation, la réforme bancaire poursuit un objectif clair. ‘'Prendre en compte les enjeux de l'inclusion financière ainsi que ceux du financement des activités économiques''. Dans un pays où une part importante de la population reste en dehors du système bancaire classique, l'élargissement de l'offre et la diversification des acteurs apparaissent comme des leviers essentiels pour soutenir la croissance.
En intégrant des instruments comme la monnaie électronique et en reconnaissant les FinTech, les autorités entendent fluidifier l'accès au crédit, faciliter les transactions et stimuler l'entrepreneuriat, notamment dans l'économie informelle et les PME.
Microfinance, un secteur placé sous surveillance accrue
Deuxième axe de la réforme, le projet de loi sur la microfinance ambitionne une refonte en profondeur d'un secteur clé pour l'inclusion financière, mais fragilisé ces dernières années par des dérives de gouvernance et une dégradation de la qualité des portefeuilles.
Le texte se veut sans ambiguïté. Il vise à ‘'reformer profondément le dispositif actuel de la microfinance en Côte d'Ivoire''. Pour y parvenir, plusieurs leviers structurants sont activés.
D'abord, un renforcement de la gouvernance des institutions de microfinance, souvent pointée du doigt comme une faiblesse majeure. Ensuite, l'introduction de nouveaux mécanismes de gestion du risque de crédit et de contrôle interne, destinés à professionnaliser davantage le secteur.
Autre innovation notable, la modernisation des systèmes d'information. L'objectif est de permettre ‘'de générer automatiquement des états financiers fiables'' et ainsi améliorer la transparence et la supervision.
Protéger les déposants et prévenir les crises
Dans un contexte marqué par des défaillances d'institutions et des pertes pour certains épargnants, la protection des usagers devient une priorité. Le projet de loi ‘'renforce le régime de protection des déposants et des utilisateurs de services financiers'' et introduit des mécanismes de résolution plus efficaces.
Le gouvernement prévoit notamment ‘'des mesures de traitement efficace et accéléré des institutions de microfinance en difficulté'', une avancée majeure pour contenir les risques systémiques et restaurer la confiance.
Publié le 30/04/26 16:58
La Rédaction
SN
CEMAC