Selon les récentes analyses de la Coface (Compagnie Française d'Assurance pour le Commerce Extérieur), la structure des échanges commerciaux du Gabon connaît une mutation notable. Si l'Europe conserve sa position de premier fournisseur global avec 25 % des parts de marché, c'est la montée en puissance de la Corée du Sud qui retient l'attention. Séoul s'est désormais hissée au rang de 2e partenaire à l'importation du pays, captant 12 % des flux, devant la Chine (11 %) et les États-Unis (7 %). Cette percée sud-coréenne illustre les besoins croissants du Gabon en biens d'équipement et en technologies, essentiels à la modernisation de ses infrastructures industrielles.
Du côté des exportations, le Gabon demeure structurellement dépendant de ses ressources extractives, le pétrole représentant encore 67 % de ses ventes extérieures. La Chine confirme son statut de client hégémonique en absorbant 28 % des exportations gabonaises, suivie par l'Europe (20 %) et les puissances émergentes d'Asie du Sud-Est comme la Malaisie (9 %) et l'Indonésie (7 %). Bien que la production pétrolière s'essouffle en raison de la maturation des champs, le pays mise sur ses " nouveaux moteurs " de croissance, notamment le manganèse, le bois transformé et le minerai de fer de la mine de Baniaka, pour maintenir ses recettes en devises.
Toutefois, ce dynamisme commercial cache une fragilité macroéconomique persistante. La Coface souligne que l'excédent du compte courant s'érode, pénalisé par la baisse des cours mondiaux du brut et l'explosion des factures d'importation liées aux grands chantiers (ports, routes, infrastructures scolaires). En 2026, les réserves de change du Gabon au sein de la CEMAC pourraient ne couvrir que deux mois d'importations, un niveau inférieur au seuil de sécurité de trois mois, accentuant les risques de liquidité dans un contexte de dette publique dépassant les 70 % du PIB.
L'avenir du commerce extérieur gabonais s'inscrit désormais dans une stratégie de diversification diplomatique et économique. Libreville joue la carte du multilatéralisme. Tout en renforçant ses liens historiques avec la France, le Gabon accélère sa coopération avec les États-Unis pour la sécurité maritime et avec la Chine pour l'investissement minier. Cette agilité diplomatique vise à transformer l'économie de rente en une économie de transformation, indispensable pour résorber un chômage des jeunes qui culmine toujours à 30 %.
Publié le 19/03/26 15:30
La Rédaction
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CEMAC