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Gabon : Le nouveau siège de la CAISTAB, un marché de 10,5 milliards FCFA attribué de gré à gré qui soulève des questions

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Acteur central de la régulation économique au Gabon, la Caisse de Stabilisation et de Péréquation (CAISTAB) occupe une place particulière dans l'architecture institutionnelle du pays. Placée sous la tutelle du ministère de l'Économie et des Participations, elle intervient à la fois dans les mécanismes de péréquation des produits pétroliers et dans l'encadrement de la filière café-cacao, dont elle garantit notamment les prix aux producteurs. Dans un contexte marqué par les ambitions de diversification économique et de modernisation de la gouvernance publique, l'institution a engagé ces dernières années plusieurs chantiers destinés à renforcer son efficacité opérationnelle.

C'est dans ce cadre qu'a été lancé le projet de construction de son nouveau siège à Owendo. Selon les informations publiées par la Direction Générale des Marchés Publics (DGMP), la société Orient Green Construction s'est vu attribuer, le 15 janvier 2025, un marché portant sur la réalisation d'un immeuble de bureaux de type R+6 accompagné d'une annexe R+2. Le contrat, financé sur le budget de l'État au titre des exercices 2024 et 2025, s'élève à 10,525 milliards FCFA.

L'attribution de ce marché soulève toutefois plusieurs interrogations. La première concerne l'entreprise retenue. Malgré l'importance du contrat, peu d'informations publiques permettent aujourd'hui d'apprécier l'expérience, les références ou les réalisations antérieures d'Orient Green Construction dans le secteur du bâtiment et des travaux publics au Gabon. Une discrétion qui contraste avec l'ampleur du projet confié.

La seconde interrogation porte sur le coût même de l'opération. En avril 2024, les responsables de la CAISTAB avaient annoncé un budget global de 7 milliards FCFA pour la réalisation du projet, incluant la construction, l'aménagement et l'équipement du futur siège. Neuf mois plus tard, le seul marché de travaux est finalement attribué pour 10,525 milliards FCFA, soit un montant supérieur de plus de 50 % à l'enveloppe initialement évoquée. À ce stade, aucune communication publique n'est venue préciser les raisons de cette réévaluation significative du coût du projet.

L'équation financière apparaît d'autant plus sensible que la CAISTAB a également eu recours à un financement bancaire de 3 milliards FCFA pour contribuer à la réalisation de l'ouvrage. Dans ces conditions, la question de l'évolution du budget prévisionnel et des hypothèses ayant conduit à cette augmentation mérite d'être éclaircie.

Le mode de passation du marché constitue un autre point d'attention. D'après les données disponibles, le contrat a été attribué selon la procédure de l'entente directe. Or, le Code des marchés publics gabonais encadre strictement le recours à cette procédure dérogatoire, généralement réservée à des situations exceptionnelles telles que l'urgence impérieuse, l'existence d'un fournisseur exclusif ou encore certaines exigences liées à la sécurité nationale.

Au regard des éléments rendus publics à ce jour, les motifs ayant conduit à écarter une procédure concurrentielle pour un marché d'un montant supérieur à 10 milliards FCFA n'ont pas été explicités. Cette absence de mise en concurrence interroge d'autant plus que les autorités de la Transition ont placé la transparence, la bonne gouvernance et la rationalisation de la dépense publique parmi les axes majeurs de leur action.

L'enjeu est loin d'être anodin. Avec un budget annuel d'environ 21,5 milliards FCFA, la CAISTAB engage, à travers ce seul projet immobilier, près de la moitié de ses ressources annuelles. Un niveau d'engagement financier qui appelle naturellement des explications sur les critères de sélection de l'attributaire, le processus de décision retenu et les justifications du choix de la procédure utilisée.

À la tête de l'institution se trouve Ismaël Gnamalengoungou Oligui, directeur général de la CAISTAB. Dans un contexte où les exigences de redevabilité et de transparence occupent une place croissante dans le débat public, plusieurs questions demeurent ouvertes : qu'est-ce qui justifie l'évolution du coût du projet ? Pourquoi avoir privilégié l'entente directe ? Quels éléments ont motivé le choix de l'entreprise attributaire ? Autant de points sur lesquels les acteurs concernés sont désormais attendus.

Idrissa Diakité 

 

Publié le 12/06/26 09:28

La Rédaction

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