Le taux d'inflation gabonais a atteint son niveau le plus bas de l'année au quatrième trimestre 2025, tombant à 0,1 % en glissement trimestriel contre 0,5 % au trimestre précédent. La Note de Conjoncture Sectorielle de la DGEPF attribue explicitement ce ralentissement à " la dynamique impulsée par le gouvernement visant à maîtriser les prix des produits de première nécessité, à travers le renforcement des contrôles des prix des produits de la mercuriale." Un résultat qui valide, au moins partiellement, l'efficacité des mécanismes de régulation administrative des prix, mais qui ne doit pas masquer les tensions inflationnistes persistantes dans plusieurs postes de consommation essentiels.
La désinflation du quatrième trimestre est portée principalement par le recul des prix alimentaires, dont l'indice passe de +0,9 % au troisième trimestre à -0,1% au quatrième trimestre 2025. Les produits qui contribuent le plus à ce retournement sont les céréales non transformées, les poissons séchés et fumés, le pain et les tubercules plantains, des produits de base qui pèsent lourd dans le budget des ménages à revenus modestes. Cette amélioration sur les produits alimentaires essentiels est une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des Gabonais les plus vulnérables, qui consacrent une part disproportionnée de leurs revenus à l'alimentation.
Mais la lecture par poste de consommation révèle des tensions persistantes que la moyenne globale de 0,1 % dissimule. Le logement, l'eau, le gaz et l'électricité progressent de +0,8 % au quatrième trimestre, avec notamment les carburants et lubrifiants en hausse de +1,7 %. Les biens et services divers affichent +1,5 %. Les restaurants et hôtels progressent de +0,5 %. Ces postes, logement, énergie domestique, services, ne sont pas encadrés par la mercuriale de la même manière que les produits alimentaires de base, et leur dynamique inflationniste propre persiste malgré le ralentissement global. Pour les ménages de la classe moyenne urbaine, dont le budget est fortement exposé à ces postes, la désinflation de 0,1 % est moins perceptible dans le quotidien.
Sur l'ensemble de l'année 2025, l'inflation moyenne s'établit à 1,8% contre 1,2 % en 2024, une accélération qui montre que malgré le ralentissement du quatrième trimestre, l'année a été globalement plus inflationniste que la précédente. Cette accélération annuelle s'est produite dans un contexte de faible croissance économique, ce qui correspond à une configuration de stagflation modérée particulièrement défavorable pour le pouvoir d'achat réel des ménages et pour la compétitivité des entreprises.
L'efficacité de la mercuriale comme outil de politique anti-inflationniste mérite cependant une analyse nuancée. Ses effets sont réels sur les prix des produits qu'elle encadre directement, comme le montrent les données du dernier trimestre. Mais elle ne traite pas les causes profondes de l'inflation gabonaise, dépendance aux importations, coûts logistiques élevés, oligopoles dans certains secteurs de distribution. Une politique anti-inflationniste durable devra combiner régulation des prix, développement de la production locale, amélioration de la concurrence dans les circuits de distribution et réduction des coûts d'importation. Toute chose que l'interdiction d'importation de poulets et le développement de la filière avicole portée par les autorités tentera de résorber.
Publié le 13/06/26 11:09
La Rédaction
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CEMAC