Le secteur énergétique gabonais est sous haute tension alors qu'un bras de fer financier oppose la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG) à son partenaire stratégique turc, Karpowership (KPS). Au cœur de ce différend, une exigence de règlement immédiat de 15 milliards FCFA formulée par l'opérateur de la centrale flottante. Si KPS agite le spectre d'un arrêt total de la production, invoquant une situation de trésorerie devenue " critique ", le top management de la SEEG tente de désamorcer toute psychose de crise énergétique imminente.
Intervenant sur le plateau de la chaîne de télévision Gabon 24, l'Administrateur Directeur Général de la SEEG, Steeve Saurel Legnongo, a affiché une sérénité de façade en rappelant la force des engagements juridiques liant les deux entités. " Il n'est pas question que Karpowership débranche ses installations ", a-t-il souligné, s'appuyant sur des " obligations contractuelles strictes " censées garantir la continuité du service public. Pour la direction générale, bien que des retards de paiement soient concédés, la dynamique de règlement reste active et " les factures sont régulièrement honorées ".
Cette posture de la SEEG tranche radicalement avec le ton de la correspondance de KPS, qui affirme qu'en " l'absence de règlement immédiat de 15 milliards FCFA ", l'opérateur est contraint de " procéder à l'arrêt total de la production ". Le représentant autorisé de KPS, Cagdas SEVIK, souligne d'ailleurs qu'un paiement partiel de " 5 milliards FCFA à ce stade ne permettrait désormais plus d'assurer la continuité des opérations ".
L'issue de ce bras de fer financier sera déterminante pour la stabilité du réseau interconnecté de l'Estuaire, d'autant que ce scénario ravive le spectre de l'imbroglio survenu avec la Guinée équatoriale. En février dernier, la SEEG a dû démentir des rumeurs de coupure d'électricité importée depuis Malabo pour le Woleu-Ntem, tout en admettant des litiges sur la facturation de la société SEGESA. Ce cumul d'arriérés, environ 247 millions FCFA pour le voisin équato-guinéen et 15 milliards FCFA pour le partenaire turc, expose une vulnérabilité systémique.
Idrissa Diakité
Publié le 19/03/26 17:50
La Rédaction
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