Le gouvernement ghanéen renforce sa stratégie de consolidation des réserves de change en misant davantage sur son secteur aurifère. Dans le cadre de son budget révisé pour 2026, Accra a alloué 5 milliards de cedis, soit environ 429 millions de dollars (près de 240 milliards FCFA), au Ghana Gold Board (Goldbod), le régulateur de la filière aurifère, afin de financer l'achat d'or auprès des exploitants miniers artisanaux et à petite échelle. Cette décision intervient après le transfert de ce programme de la Banque du Ghana vers le ministère des Finances, conformément aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI), avec lequel le pays vient d'achever son programme de soutien de 3 milliards de dollars démarré en 2023.
L'objectif affiché est de poursuivre l'accumulation des réserves internationales du pays, tout en consolidant la stabilité du cedi, la monnaie locale, et les progrès macroéconomiques enregistrés depuis la sortie de la crise de la dette. Créé en 2025, le Ghana Gold Board (Goldbod) est devenu l'unique organisme habilité à acheter l'or produit par les mines artisanales et à petite échelle en vue de son exportation. Cette réforme vise à lutter contre la contrebande, formaliser les circuits commerciaux et accroître les recettes en devises. Jusqu'à présent, le programme était préfinancé par la Banque du Ghana. Toutefois, le FMI a estimé que ce mécanisme revêtait un caractère quasi budgétaire susceptible d'affecter l'indépendance de la banque centrale. Sous l'impulsion de l'institution de Bretton Woods, son financement est désormais assuré directement par le budget de l'État.
Les exportations d'or ont plus que doublé en un an
La réforme a rapidement produit des résultats. Les exportations d'or du Ghana sont passées de 10,3 milliards de dollars en 2024 à 21 milliards de dollars en 2025, grâce à la centralisation des achats et des exportations par Goldbod. Ce mécanisme permet au gouvernement d'acquérir de l'or en monnaie locale, avant de le revendre sur les marchés internationaux contre des devises étrangères, renforçant ainsi les réserves de change et améliorant l'offre de dollars sur le marché domestique.
Les achats d'or réalisés dans le cadre de ce programme ont permis aux réserves internationales du Ghana d'atteindre un niveau historique de 14,5 milliards de dollars en février 2026, avant de revenir à 12,9 milliards de dollars à la fin du mois de juin. Cette accumulation de réserves a largement soutenu le cedi, qui s'est apprécié d'environ 41% face au dollar en 2025, faisant de la devise ghanéenne l'une des monnaies les plus performantes au monde parmi celles suivies par Bloomberg.
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Le renforcement du cedi a également contribué à réduire le coût des importations et à accélérer le reflux de l'inflation, tombée à 5,3% en juin 2026, contre 23,8% en décembre 2024. Cette amélioration de l'environnement macroéconomique a permis à la Banque du Ghana d'abaisser progressivement son taux directeur à 14%, contre 29% en 2024.
Si le transfert du financement vers le budget de l'État expose davantage les finances publiques aux risques liés aux fluctuations du marché de l'or, le gouvernement affirme avoir pris des mesures pour préserver sa trajectoire budgétaire. Le déficit public devrait atteindre 2,2% du PIB en 2026, contre 1% en 2025, dans un contexte où l'exécutif poursuit les efforts de relance économique après le défaut de paiement de 2022 et la restructuration de la dette. Afin de compenser le coût du programme Goldbod, les autorités ont décidé de réduire les dépenses d'investissement de 57,5 milliards de cedis à 52,5 milliards de cedis. Elles ont également abaissé les coûts opérationnels du programme, désormais limités à 5% de la valeur de l'or acheté, contre 14,5% auparavant.
Consolider la stabilité économique après la crise de la dette
Malgré les inquiétudes suscitées par les pertes enregistrées sur les opérations de trading de Goldbod, qui ont contribué à porter le déficit lié aux transactions sur l'or à 9 milliards de cedis l'an dernier, le gouvernement estime que cette stratégie demeure essentielle pour renforcer les réserves de change, soutenir la monnaie nationale et préserver les acquis macroéconomiques.
Dans sa nouvelle configuration, Goldbod organisera désormais des ventes régulières de devises issues des exportations d'or, tandis que la Banque du Ghana n'interviendra sur le marché des changes qu'en cas de nécessité. En faisant de l'or un levier central de sa politique de change, le Ghana entend ainsi consolider sa stabilité financière, renforcer la confiance des investisseurs et poursuivre son redressement économique après l'une des plus graves crises financières de son histoire récente.
Publié le 29/07/26 08:34
Narcisse Angan
SN
CEMAC