Après plus de 2 ans d'absence consécutive à son défaut de paiement, le Ghana s'apprête à renouer avec le marché financier local. Le pays lancera, dès la fin mars, une émission obligataire en monnaie locale d'une maturité de 7 ans.
Une opération hautement symbolique qui marque une tentative de normalisation financière, mais dont le succès dépendra de la confiance des investisseurs et de la solidité de la reprise macroéconomique.
Un retour stratégique après le choc du défaut
En décembre 2022, le Ghana suspendait une grande partie du service de sa dette, déclenchant un processus de restructuration dans le cadre d'un programme de soutien de 3 milliards de dollars du Fonds monétaire international. Cette situation avait de facto fermé l'accès du pays aux marchés.
Aujourd'hui, la donne évolue. En revenant avec une émission en cedis, les autorités cherchent à relancer un programme de financement domestique et à reconstruire une courbe de taux souverains, essentielle pour l'ensemble du système financier.
Au-delà de l'aspect technique, l'enjeu est de restaurer la crédibilité de la signature souveraine et recréer un lien de confiance avec les investisseurs locaux comme internationaux.
Une fenêtre macroéconomique plus favorable
Ce retour intervient dans un contexte sensiblement amélioré. L'inflation a fortement reculé pour atteindre 3,3%, un niveau proche de ses plus bas en plusieurs décennies. Dans le même temps, la banque centrale a engagé un assouplissement monétaire marqué, avec une baisse cumulée de 14 points de pourcentage des taux directeurs.
À cela s'ajoute un facteur externe déterminant : la hausse des prix de l'or, dont le Ghana est le premier producteur africain. Cette dynamique a permis de renforcer les réserves de change et de stabiliser le cedi, contribuant à améliorer les marges de manœuvre macroéconomiques.
Ces éléments créent un environnement plus propice à une réouverture progressive du marché obligataire.
Un pari sur la confiance des investisseurs
L'émission, dont la souscription s'ouvrira le 30 mars pour s'achever le 1er avril, constitue un test grandeur nature. Le montant exact sera fixé au lancement, dans le cadre d'un objectif annuel de levée d'environ 20,2 milliards de cedis via des instruments de moyen et long terme.
Pour les autorités, il s'agit non seulement de mobiliser des ressources, mais aussi de relancer une dynamique de marché. En reconstituant des références de taux à différentes maturités, le Ghana espère redonner de la visibilité aux investisseurs et fluidifier le financement de l'économie.
Cependant, l'équation reste délicate. La baisse des taux domestiques, si elle soutient l'économie, pourrait limiter l'attractivité des rendements pour les investisseurs étrangers. Ces derniers pourraient néanmoins être sensibles à l'argument de diversification, dans un contexte global marqué par la recherche de nouvelles opportunités sur les marchés émergents.
Publié le 26/03/26 17:10
La Rédaction
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CEMAC