Après quatre ans de présence relativement discrète sur le marché nigérian via sa filiale Ultimum Limited, le conglomérat camerounais Kadji Group a franchi un cap. Le mercredi 25 mars 2026, il a officiellement inauguré une usine de boissons dans la zone industrielle d'Osisioma, à Aba, dans le sud-est du Nigeria. Construite en seulement dix mois, l'installation représente une première phase d'investissement de 35 millions de dollars. Ce montant pourrait atteindre 100 millions de dollars, selon des déclarations du gouverneur de l'État, Alex Otti, relayées par la presse locale.
Derrière cette expansion se profile un acteur longtemps cantonné à un rôle de challenger sur son propre marché. Fondé à Douala en 1972 autour de l'Union Camerounaise de Brasseries, le groupe Kadji s'est développé dans l'ombre du géant Société Anonyme des Boissons du Cameroun, qui domine historiquement le secteur avec l'appui du groupe Castel. Face à cette position quasi hégémonique, renforcée depuis le rachat de Guinness Cameroun en 2023, Kadji a progressivement consolidé ses positions et affiné sa stratégie d'expansion.
En choisissant de renforcer ses capacités de production à Aba, le groupe ne s'engage pas sur un terrain facile. Le marché nigérian des boissons gazeuses figure parmi les plus concurrentiels au monde. Selon des données de Statista citées par The Punch, le Nigeria occupe le quatrième rang mondial du secteur des soft drinks, avec un chiffre d'affaires annuel estimé à 33 milliards de dollars, derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Le marché reste dominé par un duopole composé de Nigerian Bottling Company, affiliée à Coca-Cola, et de Seven-Up Bottling Company, liée à Pepsi et 7Up, qui contrôleraient près de 70 % des parts.
La concurrence ne se limite toutefois plus à ces acteurs historiques. Depuis le milieu des années 2010, des marques comme Big Cola, Bigi Cola ou American Cola ont réussi à s'imposer en misant sur des formats plus volumineux et des prix plus accessibles. Une nouvelle génération de challengers tente désormais de redistribuer les cartes. L'arrivée du groupe Kadji, fort de son expérience dans un environnement camerounais lui aussi fortement concurrentiel, introduit un nouvel élément dans cet équilibre déjà sous tension.
Le choix d'Aba s'inscrit dans une logique industrielle et logistique assumée. Surnommée le " Japon de l'Afrique " en raison de son dense tissu de petites et moyennes industries, la ville constitue un pôle commercial majeur du sud-est nigérian. Elle offre un accès direct aux marchés du Sud-Sud et de l'Est du pays. Les autorités locales mettent en avant plusieurs initiatives destinées à améliorer l'environnement des affaires, notamment la sécurisation des zones d'activités, la réhabilitation des infrastructures routières et la montée en puissance de la centrale électrique de Geometric Power, appelée à stabiliser l'approvisionnement en énergie de la zone industrielle.
Cet engagement des pouvoirs publics semble avoir pesé dans la décision d'investissement du groupe camerounais. Selon des informations rapportées par Nairametrics, l'administration dirigée par Alex Otti a notamment procédé à la reconstruction de la route de 1,2 kilomètre menant au site industriel, respectant ainsi un engagement pris lors d'une visite préparatoire des investisseurs. Au-delà de l'investissement industriel, le projet porte également des enjeux en matière d'emploi et de dynamisation du tissu économique local. L'usine d'Ultimum Beverages devrait générer plusieurs centaines d'emplois directs et indirects, aussi bien dans la production que dans la distribution.
Perton Biyiha
Publié le 26/03/26 14:34
La Rédaction
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