À Londres, Kore Potash avance sur une ligne de crête. L'entreprise minière, positionnée sur l'un des plus importants projets de potasse non développés au monde en République du Congo, cherche à sécuriser un financement massif tout en laissant ouverte l'hypothèse d'une vente. Cette double approche, confirmée dans ses dernières communications financières, éclaire les incertitudes qui entourent encore l'avenir du projet Kola et, au-delà, celui du groupe lui-même.
Selon les informations publiées par la société, Kore Potash concentre ses efforts sur la mobilisation des capitaux nécessaires pour lancer la construction de Kola, son actif phare. Le groupe détient également le permis voisin de DX, mais c'est bien Kola qui cristallise les attentes, avec un besoin de financement estimé à plus de deux milliards de dollars. Un accord signé en juin avec l'allemand OWI-RAMS GmbH prévoit d'ailleurs la structuration d'un financement d'environ 2,2 milliards de dollars, combinant dette senior et mécanismes de redevances. Cet engagement reste toutefois conditionné à la finalisation de l'ingénierie financière.
Dans l'immédiat, Kore Potash améliore sa position de trésorerie, qui atteignait 10,6 millions de dollars à fin décembre, contre à peine 1,3 million un an plus tôt, selon ses états financiers. Cette progression résulte d'une levée de fonds réalisée en deux temps, avec 10 millions de dollars obtenus en mai puis un complément de 500 000 dollars validé par les actionnaires en juin. Ces montants restent modestes au regard des besoins du projet, mais permettent à l'entreprise de maintenir ses opérations et de poursuivre les études.
La trajectoire financière du groupe reste marquée par des pertes, bien qu'en légère amélioration. La perte avant impôt pour l'exercice 2025 s'élève à 895 066 dollars, en recul par rapport à 1,1 million de dollars l'année précédente, d'après les résultats publiés. Kore Potash anticipe néanmoins de nouveaux besoins de financement à court terme et indique qu'une levée de fonds sera nécessaire dès le premier trimestre 2027 pour soutenir son fonds de roulement.
Dans ce contexte, la direction n'écarte aucune option stratégique. Le président du conseil d'administration, David Hathorn, souligne dans ces mêmes communications que la priorité reste la mise en place du financement du projet Kola afin d'engager la phase de construction dans les meilleurs délais. Mais en parallèle, la société continue d'examiner des scénarios alternatifs, y compris une cession totale.
Le processus de vente engagé ces derniers mois illustre cette ouverture. D'après les indications fournies par l'entreprise, deux acquéreurs potentiels s'étaient manifestés en novembre dernier. L'un d'eux a récemment suspendu son intérêt, tandis que l'autre poursuit ses travaux de due diligence dans le cadre d'un processus formel. Aucun calendrier précis n'est avancé, mais cette piste pourrait offrir une issue plus rapide que la structuration d'un financement complexe dans un environnement de marché encore incertain.
Le projet Kola, dont Kore Potash détient 97 % du capital, est présenté comme l'un des piliers de la stratégie congolaise de diversification économique, dans un pays encore largement dépendant des revenus pétroliers. À pleine capacité, la mine devrait produire 2,2 millions de tonnes de potasse par an, un intrant agricole essentiel dans le contexte de la sécurité alimentaire mondiale. Les prévisions de la société tablent sur des revenus annuels de 773 millions de dollars et un excédent brut d'exploitation (EBITDA) estimé à 583 millions de dollars.
perton Biyiha
Publié le 25/03/26 14:50
La Rédaction
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CEMAC