L'agence de notation Moody's a rendu publique, le 13 mars 2026, sa revue périodique de la qualité de crédit du Togo. La note souveraine du pays avait été maintenue à B3, avec une perspective stable en octobre dernier. Une décision alors présentée comme reflétant un équilibre délicat entre, d'un côté, des progrès tangibles en matière de gestion budgétaire et, de l'autre, des fragilités structurelles toujours marquées.
Principal enseignement de cette revue : les autorités togolaises ont amorcé un redressement budgétaire significatif. Après un déficit public élevé de 7,4 % du PIB en 2024, celui-ci aurait été ramené à environ 3,5 % en 2025. Cette amélioration tient notamment à la disparition de dépenses exceptionnelles – comme la recapitalisation d'une banque publique en 2024 – mais aussi à un effort accru de mobilisation des recettes et de maîtrise des dépenses.
Résultat : la dette publique, qui avait culminé à 72 % du PIB en 2024, est redescendue sous la barre des 70 % en 2025. Moody's anticipe une poursuite de cette décrue progressive, avec une dette autour de 66 % du PIB d'ici 2027, à condition que la discipline budgétaire soit maintenue.
Ce cap, selon l'agence, est largement soutenu par le programme conclu avec le FMI en mars 2024, dans le cadre de la Facilité élargie de crédit. Ce cadre agit comme une " ancre " pour les politiques publiques, renforçant la crédibilité des engagements de consolidation.
Une économie résiliente
Au-delà des finances publiques, Moody's souligne la résilience de l'économie togolaise. Malgré un environnement international incertain, le pays affiche une croissance robuste et relativement stable, soutenant progressivement les niveaux de revenu.
Mais cette dynamique masque des limites importantes. L'économie reste de petite taille, peu diversifiée et fortement dépendante de l'agriculture. Autant de facteurs qui exposent le pays à des chocs externes, qu'ils soient climatiques ou liés aux fluctuations des prix internationaux.
Des défis sécuritaires et sociaux persistants
L'un des principaux points de vigilance identifiés par Moody's concerne la situation sécuritaire dans le nord du pays. Les tensions dans cette zone frontalière, dans un contexte régional instable, pourraient entraîner une hausse des dépenses militaires et sociales, pesant sur les finances publiques.
Par ailleurs, la capacité du gouvernement à augmenter durablement ses recettes fiscales est jugée " incertaine ". Or, c'est un élément clé pour stabiliser la trajectoire de la dette à moyen terme, dans un contexte où les besoins sociaux demeurent élevés et le coût de la vie sous pression.
Par ailleurs, l'appartenance du Togo à l'UEMOA constitue toutefois un facteur de soutien important. Elle permet notamment d'ancrer l'inflation, de bénéficier d'une surveillance macroéconomique régionale et d'accéder à un marché financier commun. Dans un environnement de financement encore contraint, cet ancrage régional contribue à limiter les risques de liquidité, d'autant que le pays a accru son accès à des financements concessionnels.
Une perspective sous conditions
En maintenant une perspective stable, Moody's considère que les risques sont globalement équilibrés. Les progrès récents en matière de discipline budgétaire devraient permettre d'éviter un dérapage à court terme.
Mais l'agence reste prudente : une amélioration durable de la note dépendra de la capacité du pays à réduire significativement son endettement, à renforcer ses recettes et à améliorer ses conditions de financement. À l'inverse, une détérioration sécuritaire, un choc économique ou un relâchement budgétaire pourraient rapidement inverser la tendance.
Publié le 25/03/26 11:55
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC