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Guinée équatoriale : Comment Malabo veut transformer ses zones économiques en usines à substituer les importations

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La Guinée équatoriale veut donner à ses futures zones économiques spéciales une mission qui dépasse l'attraction classique des capitaux étrangers, à savoir : produire davantage sur son territoire. Le gouvernement a engagé, le 2 septembre, la mise en œuvre de la loi n°8/2026 du 30 juin sur les ZES, avec un calendrier particulièrement resserré. Les ministères concernés ont reçu 48 heures pour proposer la structure de la future Autorité nationale des zones économiques spéciales, identifier les terrains devant accueillir les premiers complexes et préparer les textes sectoriels. Quatre activités sont ciblées : l'industrie, l'agroalimentaire, la logistique et les technologies, avec à la clé des incitations fiscales et douanières, des mécanismes de location foncière, des garanties juridiques et une simplification des procédures administratives.

Il faut dire que la Guinée équatoriale achète encore à l'étranger une grande partie de ce qu'elle consomme. La FAO estime, dans sa dernière évaluation de juillet 2026, qu'environ 80 % des besoins alimentaires du pays sont couverts par des importations commerciales. Pour 2026, elle prévoit notamment quelque 16 000 tonnes d'importations de blé et 12 000 tonnes de riz. Dans le même temps, seules quelque 20 000 hectares sont consacrés aux principales cultures vivrières, alors que le pays dispose d'environ 850 000 hectares de terres arables. La production nationale de patates douces, manioc et plantain reste relativement stable, respectivement autour de 102 000, 77 000 et 41 000 tonnes en 2024.

C'est cet élément qui place la composante agroalimentaire des ZES au coeur du projet. Plutôt que d'importer uniquement des produits finis, Malabo pourrait chercher à installer localement des unités de transformation, de conditionnement, de stockage et de distribution capables de connecter la production agricole nationale au marché intérieur. La question ne concerne d'ailleurs pas seulement l'alimentation : les futures zones industrielles peuvent permettre de produire ou transformer localement une partie des biens aujourd'hui achetés à l'extérieur. La substitution aux importations deviendrait ainsi un moyen de conserver davantage de valeur ajoutée dans le pays, de créer des emplois hors hydrocarbures et de réduire l'exposition de l'économie aux coûts du transport et aux variations des prix internationaux.

L'enjeu prend davantage de poids avec le recul du pétrole. Le FMI estime que l'économie équato-guinéenne s'est contractée de 6,4 % en 2025, principalement sous l'effet d'une forte baisse de la production d'hydrocarbures, et prévoit une légère contraction à moyen terme si cette tendance se poursuit. Les recettes pétrolières devraient elles aussi continuer à diminuer. Dans cette configuration, les ZES doivent faire davantage qu'offrir des exonérations fiscales : elles doivent permettre l'apparition d'activités capables de vendre sur le marché intérieur, puis éventuellement dans la CEMAC. L'objectif rejoint ainsi le problème que le pays cherche à résoudre depuis plusieurs années : transformer les infrastructures financées pendant les années pétrolières en véritables capacités productives.

Reste désormais à passer de la loi aux usines. Le gouvernement doit encore délimiter définitivement les terrains, installer l'Autorité nationale des ZES et adopter les décrets propres aux différents secteurs. Et l'équation devra être soigneusement calibrée : des avantages fiscaux trop généreux réduiraient les recettes publiques sans garantie de création d'une véritable base industrielle, tandis que des contraintes excessives limiteraient l'intérêt des investisseurs. Pour Malabo, le succès pourra donc se mesurer à un indicateur beaucoup plus concret que le nombre d'entreprises agréées : la part des produits aujourd'hui importés que les futures zones économiques seront effectivement capables de produire, transformer ou conditionner sur le territoire national.

Idrissa Diakité

Publié le 03/09/26 11:57

La Rédaction

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