La Guinée équatoriale engage une réforme structurelle de son système de santé. Réunie ce vendredi au Palais du Peuple de Malabo sous la présidence du vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, une séance de travail regroupant le Premier ministre, les ministères de la Santé, des Travaux publics et de la Trésorerie a débouché sur une décision de principe majeure : la création d'une entité indépendante du ministère de la Santé, dédiée exclusivement à la gestion administrative et opérationnelle des hôpitaux nationaux. Une rupture avec le modèle de tutelle ministérielle classique qui prévaut dans la majorité des pays de la sous-région.
La décision procède d'un constat. Les hôpitaux sont des organisations d'une complexité administrative et logistique élevée, gestion des ressources humaines médicales, approvisionnement en médicaments, maintenance des équipements, pilotage financier, qui ne peuvent être efficacement administrées selon les seuls mécanismes de la fonction publique générale. Le vice-président a souligné la nécessité d'un modèle de gestion professionnalisé, piloté par des experts en administration hospitalière, capable d'optimiser les dépenses opérationnelles, de renforcer le contrôle des ressources et d'améliorer la qualité effective des soins. La nouvelle entité serait placée sous la direction de gestionnaires spécialisés, recrutés sur des critères de compétence et non d'appartenance administrative.
Pour amorcer concrètement cette réforme, le ministère de la Santé a reçu instruction de lancer un appel d'offres international avant la fin du mois de juillet. L'objectif est de sélectionner des experts capables de proposer un schéma global de restructuration du système de gestion hospitalière, accompagné de recommandations opérationnelles précises. Les spécialistes retenus devront présenter leurs conclusions dès le mois d'août. Ce calendrier serré traduit une volonté politique d'accélérer, d'autant que la réunion a également permis de faire le point sur des travaux tangibles déjà engagés : réhabilitation de l'Hôpital Général de Malabo, permettant le prochain retour des services de Médecine interne, et achèvement des trois blocs opératoires du principal complexe hospitalier de Bata.
La démarche s'inscrit dans une tendance observable dans plusieurs pays africains qui ont choisi de séparer la tutelle politique de la gestion opérationnelle hospitalière. Le Rwanda a fait école avec ses boards hospitaliers autonomes, dotés de directeurs généraux recrutés par concours et soumis à des indicateurs de performance. Le Maroc a engagé une réforme similaire avec ses Groupements Sanitaires Territoriaux. L'appel à des experts internationaux suggère que Malabo cherche à s'inspirer de ces modèles éprouvés plutôt que de réinventer une architecture locale de toutes pièces. La qualité des candidatures reçues sera un premier indicateur de la crédibilité perçue du projet.
En Guinée équatoriale comme dans la plupart des pays de la CEMAC, le système de santé public souffre d'une sous-utilisation chronique, les ménages qui en ont les moyens préfèrent les structures privées ou l'évacuation sanitaire vers le Cameroun, le Maroc ou l'Europe. Si la future entité de gestion réussit à produire des résultats mesurables, elle aura accompli davantage qu'une réforme administrative.
Publié le 13/06/26 10:26
La Rédaction
SN
CEMAC