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La CEMAC asphyxiée par des barrières douanières et logistiques qui freinent son essor

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Le commerce au sein de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) reste pénalisé par de nombreux obstacles qui freinent l'emploi, l'investissement et l'essor des exportations. Dans son Baromètre économique publié le 30 décembre 2025, la Banque mondiale estime que des droits de douane élevés, des coûts de transport excessifs et des insuffisances logistiques et infrastructurelles continuent de réduire la compétitivité de cette zone économique.

L'institution note que les tarifs douaniers atteignent en moyenne 18% dans la région, " un niveau parmi les plus élevés au monde ". À ces prélèvements s'ajoutent des barrières non tarifaires, des inspections jugées complexes et des pratiques de tracasserie administrative qui renchérissent la production et les échanges. Selon la Banque mondiale, cette combinaison " rend la production et le commerce coûteux et difficiles ", ce qui " décourage les entreprises et limite la progression des exportations ".

La structure des ventes à l'étranger illustre ces fragilités. Les matières premières dominent encore largement le panier d'exportation, essentiellement le pétrole, le gaz, le manganèse et le bois. Pour la Banque mondiale, la transformation économique suppose " un meilleur accès aux infrastructures, au financement et à un environnement des affaires plus favorable ". L'organisation souligne que, malgré certains progrès, les réseaux énergétiques, hydrauliques, numériques et de transport restent insuffisants pour soutenir des activités à plus forte valeur ajoutée ou dynamiser le commerce agricole local.

Une intégration régionale freinée par la corruption

Le poids de ces dysfonctionnements apparaît nettement sur les corridors de transport. Un camion de 25 tonnes peut dépenser plus de 3 000 dollars pour un aller-retour entre le Cameroun et la République centrafricaine, alors que les frais officiels sont inférieurs à 60 dollars. Cette estimation provient d'un précédent Baromètre économique de la Banque mondiale consacré à la zone CEMAC et publié quelques mois avant l'édition du 30 décembre 2025. " Une étude a calculé qu'un aller-retour est soumis à une série de frais coûteux dépassant 3 000 dollars, même si les frais officiels sont très faibles (60 dollars ", relève la Banque mondiale dans son rapport.

Cet écart s'explique notamment par la multiplication de contrôles illégitimes et de paiements informels. Ces coûts supplémentaires pèsent directement sur l'intégration commerciale de la sous-région. La Banque mondiale rappelle que le commerce intrarégional ne représentait qu'environ 5,1% des échanges totaux entre 2019 et 2021, un niveau faible pour un espace censé favoriser la libre circulation.

Des observations antérieures confirment ces constats. L'Observatoire des pratiques anormales, dispositif soutenu par l'Union européenne pour surveiller les flux de transport, avait déjà signalé des charges élevées sur les grands axes d'Afrique centrale. Sur le corridor Douala-Bangui long de 1 435 kilomètres, les transporteurs déclaraient payer en moyenne 64 000 francs CFA par trajet, contre 22 941 francs CFA sur l'axe Douala-N'Djamena pourtant plus long. Rapportés à la distance, ces montants rendaient le corridor vers Bangui jusqu'à quatre fois plus coûteux.

Des corridors plombés par les contrôles et les surcoûts

La densité des contrôles explique en partie cette situation. Sur 57 points recensés entre Douala et Bangui, plus de 40 se situent au Cameroun. Sur l'axe Douala-N'Djamena, 93 arrêts ont été identifiés dont 61 postes de contrôle, avec 57 implantés côté camerounais. Cela correspond à un point de contrôle environ tous les 18 kilomètres, alors que la fréquence tombe à un tous les 147 kilomètres au Tchad.

Les conséquences économiques sont importantes pour le secteur du transport et pour les chaînes d'approvisionnement régionales. Un rapport de 2018 élaboré à l'initiative des syndicats de transporteurs estimait à 175 milliards de francs CFA par an le total des pots-de-vin versés sur le corridor Douala-N'Djamena par quelque 78 000 camions actifs. Les paiements iraient principalement à des agents chargés des contrôles routiers et douaniers. Des transporteurs interrogés dénoncent " un système de racket institutionnalisé " qui réduit leurs marges et renchérit les prix des marchandises.

Pourtant, des mécanismes régionaux existent déjà. Le programme régional de transit adopté en 2006 prévoit un maximum de cinq postes de contrôle sur l'axe Douala-N'Djamena et trois sur Douala-Bangui. L'Observatoire recommande aussi la mise en place de brigades mixtes CEMAC afin de rationaliser les contrôles. Sur le terrain, l'application de ces mesures reste limitée, ce qui entretient les surcoûts logistiques.

Perton Biyiha

Publié le 25/02/26 10:28

La Rédaction

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