menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

L’Afrique lance un mécanisme inédit pour canaliser l’épargne africaine vers les infrastructures

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ferme dans 3h53min

Réunis à Addis Abeba en marge du 39e sommet de l'Union africaine, les chefs d'État et de gouvernement ont officiellement lancé le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF), une plateforme continentale destinée à accélérer la réalisation de projets structurants et à mobiliser massivement des capitaux africains.

Au-delà d'un simple outil technique, cette initiative marque une inflexion stratégique. L'objectif vise à transformer l'ambition politique en financement concret et réduire la dépendance historique du continent vis-à-vis des architectures financières extérieures.

Transformer l'Agenda 2063 en projets financés

Conçu comme un dispositif coordonné et piloté par l'Afrique, le nouveau mécanisme vise à faciliter la préparation et le financement des infrastructures transfrontalières prioritaires alignées sur l'Agenda 2063, feuille de route du développement continental.

Le diagnostic posé par les dirigeants africains est sans ambiguïté. Malgré des besoins massifs en infrastructures, les projets restent souvent bloqués entre validation politique et bouclage financier. Le déficit annuel de financement des infrastructures est estimé à près de 221 milliards de dollars sur la période 2023-2030.

‘'Le défi n'est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les investissons'', a souligné le président ghanéen John Dramani Mahama, rappelant que l'Afrique dispose de plus de 2 500 milliards de dollars d'épargne domestique encore insuffisamment mobilisée pour financer son industrialisation et la création d'emplois.

Mettre fin à la fragmentation du financement africain

Le lancement du mécanisme intervient dans un contexte marqué par la fragmentation des marchés financiers africains, le coût élevé du capital et la rareté des financements à long terme. Autant de facteurs qui freinent la transformation économique du continent.

Pour la Commission de l'Union africaine, cette nouvelle plateforme matérialise la convergence entre volonté politique et coordination institutionnelle. Elle doit permettre de structurer les projets dès leur conception afin de les rendre bancables et attractifs pour les investisseurs.

L'enjeu consiste à passer d'approches dispersées à une architecture financière intégrée capable d'orienter efficacement les flux de capitaux vers des infrastructures régionales stratégiques.

Mobiliser la puissance financière africaine

L'initiative s'appuie sur l'Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), qui regroupe des institutions représentant plus de 70 milliards de dollars d'actifs. Leur rôle sera central pour mutualiser expertise, capacités financières et gestion des risques.

Selon Samaila Zubairu, président d'Africa Finance Corporation, l'action collective devient indispensable pour financer ‘'des infrastructures transformatrices et renforcer l'intégration régionale''.

Même constat du côté d'Afreximbank. Son président George Elombi insiste sur l'un des obstacles majeurs du continent : de nombreux projets échouent non par manque de pertinence, mais parce qu'ils sont insuffisamment préparés ou mal structurés pour répondre aux exigences du financement de long terme.

Le nouveau mécanisme entend précisément combler ce chaînon manquant en coordonnant la préparation technique et l'engagement financier dès les premières phases des projets.

Vers une architecture financière africaine plus autonome

Au-delà des infrastructures, le lancement de l'AIFF s'inscrit dans un mouvement plus large de renforcement de l'architecture financière continentale. Le dépôt par le Cameroun de l'instrument de ratification du Fonds monétaire africain (FMA) marque cette dynamique visant à doter l'Afrique de ses propres instruments de stabilité macroéconomique et de coopération monétaire.

Pour les dirigeants africains, l'enjeu dépasse la simple mobilisation de ressources. Il s'agit de bâtir un écosystème financier capable de soutenir une croissance industrielle durable et de mieux refléter les réalités économiques du continent.

Publié le 26/02/26 09:21

Dr Ange Ponou

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

qlbBYv8UloG-buxj67u9xlmTjMtBEQan0cPGt3ljY-Y False