La République démocratique du Congo a effectué son entrée sur le marché international de la dette en mobilisant 1,25 milliard de dollars, à l'occasion d'une opération structurée en deux tranches et largement sursouscrite, selon des informations communiquées par Rawbank et confirmées par Reuters. Réalisée le 9 avril 2026, cette émission marque une première pour le pays sur ce segment, avec une demande globale ayant atteint près de 5 milliards de dollars.
" Rawbank annonce la réussite de la première émission d'eurobond de la RDC pour un montant total de 1,25 milliard USD. Fiers d'avoir accompagné cette opération historique aux côtés de Citigroup & Standard Chartered. Plus de 5 milliards USD demandés, soit plus de quatre fois le montant levé. La RDC accède désormais directement aux investisseurs internationaux ", peut-on lire dans le message publié par l'institution financière sur le réseau social X (ancien Twitter).
Dans le détail, l'opération s'est traduite par l'émission de deux obligations en dollars, précise Reuters. La première tranche, d'un montant de 600 millions de dollars, arrive à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 %, tandis que la seconde, de 650 millions de dollars, arrive à maturité en 2037 avec un rendement de 9,50 %. Les carnets d'ordres ont dépassé respectivement 2 milliards et 2,8 milliards de dollars, permettant un resserrement des conditions initialement envisagées.
Commentant cette opération, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Libotayi, a déclaré à Reuters que " le succès de cette opération reflète également la reconnaissance des progrès accomplis dans nos efforts continus pour renforcer la stabilité macroéconomique, améliorer la gestion des finances publiques et faire avancer les réformes structurelles qui soutiennent une croissance durable et inclusive ".
Selon les autorités congolaises, toujours citées par Reuters, les fonds mobilisés seront orientés vers des projets d'infrastructures, d'énergie et de développement social. Cette levée s'inscrit dans un programme plus large annoncé en début d'année, portant sur un volume total potentiel de 1,5 milliard de dollars.
Des conditions de financement en ligne avec les marchés émergents
Les niveaux de rendement obtenus situent cette première émission dans la fourchette observée sur les marchés émergents, tout en restant légèrement inférieurs à ceux récemment consentis par certains pays africains déjà présents sur ce segment. Cette performance s'explique en partie par la forte demande enregistrée lors de l'opération.
D'après des données compilées par l'Agence Ecofin, des émetteurs comparables présentent en effet des conditions de financement plus élevées. L'Angola, pourtant noté au même niveau de crédit, avait emprunté à 9,5 % en juillet 2025, tandis que la République du Congo avait levé des fonds à 9,875 % en novembre de la même année. Le Kenya, de son côté, avait accepté un coût de 10,375 % en février 2024 pour une maturité plus courte.
Au-delà de ces comparaisons, plusieurs éléments macroéconomiques avancés par les différentes sources contribuent à expliquer l'intérêt des investisseurs. Le niveau d'endettement du pays reste encore contenu, estimé entre 18 % et 22 % du PIB à fin 2025, dans un contexte international marqué par une demande croissante pour les minerais stratégiques, dont la RDC est un producteur majeur.
Reuters souligne également que " le pays, riche en ressources naturelles, profite de son rôle clé sur le marché mondial des minéraux critiques et de son rapprochement avec les États-Unis ", dans un environnement où les investisseurs cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement en matières premières liées à la transition énergétique.
En amont de l'émission, les autorités congolaises avaient toutefois mis en avant plusieurs facteurs de risque dans leur documentation destinée aux investisseurs. Parmi ceux-ci figurent notamment les tensions sécuritaires persistantes dans l'est du pays ainsi que la forte dépendance à l'égard du secteur minier.
Elles ont par ailleurs indiqué que les financements concessionnels représentaient encore 97 % de la dette extérieure à fin 2025, traduisant une structure d'endettement historiquement dominée par des ressources à conditions préférentielles, avant cette première incursion sur les marchés internationaux.
Perton Biyiha
Publié le 10/04/26 08:48
La Rédaction
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CEMAC